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International

La synthèse

L’Algérie au bord de la déflagration

Par Philippe Oswald - Publié le 30 mars 2019

« Le peuple veut que vous partiez tous ! », « L'article 102, oui mais sans eux ! », « Bouteflika tu partiras, emmène Gaïd Salah avec toi » : ces cris ont scandé les nouvelles manifestations monstres dans les rues d’Alger et des grandes villes, le 29 mars - sixième vendredi consécutif de contestation du régime algérien. Loin de faiblir depuis le 22 février, la détermination se renforce de semaine en semaine. Cette fois, il ne s’agit plus de réclamer le départ d'Abdelaziz Bouteflika, puisque le chef d'état-major l’armée, le général Gaïd Salah, a invoqué l’article 102 de la Constitution pour destituer ce vieillard (82 ans) au pouvoir depuis 20 ans mais qu’un AVC met hors d’état de gouverner depuis 2013. Ce qu’exigent maintenant les manifestants, c’est le départ de toute la clique du FLN, y compris du général Gaïd Salah et du président de la Chambre haute Bensalah, en charge de l'intérim en cas de départ du chef de l'État. C’est un rejet massif du régime entre les mains d’une oligarchie corrompue.

A présent, que va-t-il se passer ? Le Conseil constitutionnel va-t-il proposer au Parlement de déclarer l'état d'empêchement du chef de l'État ? Le terme du mandat présidentiel étant le 28 avril, et aucun changement de gouvernement ne pouvant avoir lieu avant l'élection d'un nouveau président, ceux qui tirent les ficelles dans l’entourage présidentiel cherchent probablement à temporiser pour garder le pouvoir après avoir réglé des comptes au sein du FLN. Faute de perspectives électorales prochaines, l’Algérie entre dans une situation transitoire lourde d'incertitude. Devant un blocage de la situation, le risque est grand que les manifestations pacifiques dégénèrent en émeutes insurrectionnelles.  

Déjà secouée par la crise de Gilets jaunes, la France a tout à craindre d’une explosion algérienne. Depuis l’indépendance de l’Algérie, il y a cinquante-sept ans, la France entretient avec son ancienne colonie des relations tumultueuses. Entre les deux pays, c’est une sorte d’amour vache dans lequel aucun des partenaires ne peut se passer de l’autre. Économiquement, la France n’est plus que le cinquième partenaire commercial de l’Algérie derrière les États-Unis, l’Italie, l’Espagne et la Chine. Mais les deux pays gardent des rapports étroits non seulement en raison de l’importante population algérienne issue de l’immigration en France, mais du péril islamique des deux côtés de la Méditerranée. Qu’adviendra-t-il de leur lutte commune contre le terrorisme islamique à l’issue de la crise algérienne ? Qui raflera la mise ? Entre le pouvoir FLN vacillant et une opposition émiettée, Paris craint de sortir de l’ambiguïté à son détriment. « L’allié algérien est un facteur d’instabilité nationale » explique l’historien Yves Morel en retraçant plus d’un demi-siècle de péripéties dans Politique magazine (en lien ci-dessous).


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