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Islam

La synthèse

L'affaire de Besançon : plus qu'un fait divers

Par Louis Daufresne - Publié le 24 août 2020

C’est une affaire dont Victor Hugo se fût saisi tant elle soulève le cœur et révolte la raison. Pourtant, l’adolescente de Besançon n'a pas droit à sa séquence médiatique, alors que les faits se suffisent à eux-mêmes. Tondre une femme rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Sous l'épuration, celles qui avaient frayé avec l’occupant furent marquées de ce sceau d'infamie. De confession musulmane, la jeune fille de 17 ans fut battue et tondue par sa famille parce qu'elle fréquentait un garçon… chrétien. À Besançon, les chrétiens sont-ils des occupants ? Une adolescente peut-elle avoir comme petit ami un garçon serbe et chrétien ? Où sont les féministes pour prendre la défense de cette jeune fille émancipée ? Où sont les partisans d'une société cosmopolite et ouverte ?

Les media relatent la chose comme s’il s’agissait d’un fait divers. Le Monde relie même cette histoire aux crimes d'honneur. Notez comment le second terme vient adoucir, expliquer (excuser ?) le premier. « Ces crimes d’honneurs, écrit le journal, ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l'Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s'habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité ». L’explication est imprécise. « En Europe occidentale aussi » ne signifie rien à l’ère des métropoles mondialisées. Ce qui compte, c’est qui torture et au nom de quoi. Et Le Monde de citer la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes : « Majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d'honneur l'est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes. » Bref, on l’aura compris, l’affaire de Besançon doit rester un fait divers, pour n’en tirer aucune leçon généralisable. Il faut euphémiser la réalité pour ne pas stigmatiser les musulmans. Cette façon de faire est malhonnête. Nul ne veut stigmatiser qui que ce soit ; il s'agit de comprendre en se mettant à la place d'autrui. Si des parents tabassent leur fille, c'est bien qu'il font primer leur attachement à la religion ou à l’idée qu’ils s’en font. Fréquenter un chrétien est vécu à leurs yeux comme une trahison et, en sens inverse, beaucoup de parents chrétiens éprouveraient la même chose si leur fille fréquentait un musulman. La différence réside dans le recours à la violence.

Cette affaire embarrasse la classe politique, comme le montre l’échange acide sur Twitter entre Marlène Schiappa et Aurélien Taché, deux figures de la Macronie :

Aurélien Taché écrit : « Sur fond de rivalité ethnique entre Bosniaques et Serbes, le gouvernement réhabilite la double peine chère à Gérald Darmanin et Marlène Schiappa… et remet une pièce dans le juke-box de la haine antimusulmane. »

La double peine, c’est que les parents, l'oncle et la tante de l’adolescente seront reconduits à la frontière « car ils n'ont rien à faire sur le sol national », selon Gérald Darmanin, ministre de tutelle de Marlène Schiappa, laquelle répond au député frondeur :

« C’est ça ton nouveau combat Aurélien, défendre ceux qui torturent et tondent une fille de 17 ans ?! Défendre les gens en fonction de leur religion et origine, c’est une logique identitaire. C’est celle de l’extrême-droite. C’est la tienne. C’est celle qui a amené le PS à 6%. »

Depuis le 6 juillet, Marlène Schiappa est déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté. Elle travaille sur une loi contre le séparatisme. Dans un entretien à 20 minutes, le ministre rappelle que son projet « a vocation à régler ce qu’on peut appeler des zones grises » en insistant sur le fait que « ce n’est pas une loi contre les musulmans [et que] la laïcité, c’est aussi la liberté de croire et ne pas croire sans être inquiété pour cela. L’idée, c’est de contrer les groupes organisés de manière hostile et violente vis-à-vis de la République. » L’affaire de Besançon est une forme de séparatisme. Mais Marlène Schiappa ne dit pas s’il faut considérer la famille comme un « groupe organisé » ni s'il s'agit d'une « zone grise ».


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