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Santé

La synthèse

La vérité et la solidarité à l’épreuve du coronavirus

Par Philippe Oswald - Publié le 12 mars 2020

Les porteurs de mauvaises nouvelles sont toujours regardés de travers. Ils dérangent les dirigeants politiques comme ils troublent l’opinion publique… et les bourses ! Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’épidémie est devenue « galopante sur toute la planète », autrement dit c’est une « pandémie » face à laquelle la réponse des états reste globalement insuffisante… Ne serait-ce pas le cas de la France ? Selon les épidémiologistes européens, le Covid-19 pourrait infecter 60 à 70% de la population dont 5% de cas graves, soit pour la seule région parisienne, environ 350 000 cas graves sur 3 mois, pour seulement 1 200 à 1 500 lits en réanimation (5 000 pour l’ensemble de la France). Hier soir, 11 mars, sur LCI, le professeur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière de Paris, a lancé un pavé dans la mare s’agissant des demi-mesures de protection adoptées dans l’Hexagone. Par exemple, l’absence d’un véritable confinement qu’illustrent de stupéfiantes incohérences : au cours de la même soirée, non loin du plateau de LCI, aux abords du stade du Parc des Princes, deux mille supporters fêtaient la victoire du PSG sur Dortmund dans la plus grande promiscuité, alors que la France interdit les rassemblements supérieurs à 1 000 personnes, et que le match s’était déroulé à huis-clos ! Quid par ailleurs du premier tour des élections municipales, dimanche prochain ? Sera-t-il maintenu ? C’est l’un des points sur lesquels les personnels de santé attendent avec anxiété ce qu’annoncera à la nation le président de la République dans son intervention télévisée au soir de ce 12 mars. En effet, qu’il s’agisse d’un stade, d’un bureau de vote ou d’un transport en commun, la présence rapprochée d’un « super-contaminateur » peut suffire à infecter des dizaines de personnes, indiquait le professeur Caumes. « Nous sommes très préoccupés » a-t-il ajouté. Il s’exprimait devant de nombreux personnels de santé (médecins, professeurs de médecine, chercheurs, épidémiologistes, pharmaciens …) et répondait au ministre de la Santé, Olivier Veran, dans le cadre de l’émission « La grande confrontation » sur le thème « la France face à l’épidémie ».

Le ministre de la Santé a aussitôt réagi… non sur le fond du message mais sur le vocabulaire employé : « Ce mot "super-contaminateur" est très stigmatisant, il faut trouver un autre mot » a-t-il rétorqué. Choisir ses mots pour édulcorer ou dénaturer la réalité semble devenu un mantra de la politique en France. Le ministre avait d’autant plus de mal à cacher sa contrariété qu’il s’était évertué à démontrer que la France n’était pas dans la même situation que l’Italie. Or il s’est heurté à un démenti réitéré du professeur Eric Caumes : celui-ci a souligné à plusieurs reprises que la France se rapprochait, avec un léger décalage dans le temps, de la situation épidémiologique que connaît l’Italie, nonobstant le meilleur niveau d’organisation et d’équipement de la médecine hospitalière française. Et le médecin d’avertir : « Mieux vaut prendre maintenant des mesures comme en Italie. Je vois ce qu’il se passe dans mon hôpital. Je vois des malades qui arrivent tous les jours avec des infections respiratoires sévères. Les réanimations se remplissent extrêmement rapidement. Il risque d’y avoir un choix à faire entre les malades du coronavirus et les autres. Demain, on sera dans la même situation qu’en Italie. »

Comme pour illustrer la gravité de la situation italienne, on apprenait le décès, au matin de ce même 11 mars, du président de l’Ordre des Médecins de la province de Varese, Roberto Stella, des suites de l’infection par le coronavirus contractée dans l’exercice de son métier de médecin de famille. Un exemple parmi d’autres (dont de nombreux médecins en Chine) qui ne peut que renforcer la colère des médecins français devant la pénurie de masques et de matériel de protection dont ils ont impérieusement besoin ainsi que tout le personnel de santé. Cette pénurie française met aussi à l’épreuve notre solidarité envers l’Italie à qui la France, après avoir envoyé des masques et des gels de protection en Chine le 19 février, a refusé (comme l’a fait de son côté l’Allemagne) l’envoi de matériel de protection… faute d’en disposer suffisamment pour protéger ses propres personnels de santé (du coup, l’Italie attend l’aide sanitaire d’urgence -masques, appareils respiratoires, médecins- que la Chine s’est empressée de lui proposer !). Désunis, les Etats membres de l’UE sont toutefois mis dans le même sac par Donald Trump qui a annoncé ce même 11 mars, l'interdiction d'entrée sur le territoire américain pendant un mois à compter du vendredi 13 mars, minuit, de toute personne ayant séjourné dans les 26 pays de l'espace Schengen. Un seul pays européen est épargné en récompense du Brexit : le Royaume Uni, solidarité anglo-saxonne oblige !


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