La Sélection du jour | La « sédation profonde et continue », porte ouverte à « l’aide active à mourir » (n°883)
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Bioéthique

La synthèse

La « sédation profonde et continue », porte ouverte à « l’aide active à mourir »

Par Philippe Oswald - Publié le 11 février 2020

Dans une recommandation adressée le 10 février au gouvernement, la Haute autorité de santé (HAS) a appelé à une « meilleure » prise en charge des personnes en fin de vie, « y compris à domicile ». À cette fin, elle préconise de « faire évoluer la réglementation des médicaments utilisés pour soulager les malades en soins palliatifs pour permettre à tous les professionnels de santé, de ville comme hospitaliers, de mettre en œuvre de façon effective la sédation prévue par la loi sur la fin de vie ». La HAS regrette en effet que les médicaments permettant d’obtenir la « sédation profonde et continue jusqu'au décès » soient « réservés sauf exception aux hôpitaux » (psychiatriques, en général) et que, ces produits (un puissant sédatif, le Midazolam, et des neuroleptiques) n’ayant « pas été mis sur le marché pour cette indication, il n'existe pas de "notice" précisant comment les utiliser ». La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est donc pressée d’autoriser la délivrance de ces médicaments, en particulier du Midazolam, en pharmacie de villes où les médecins ou la famille pourront se les procurer… Elle a enjoint à ses services de travailler « de façon urgente » pour en « encadrer, sécuriser et garantir » l’accès en dehors de l’hôpital.

Cette « sédation profonde et continue jusqu'au décès », que la loi Claeys-Leonetti de 2016 sur la fin de vie a substituée à « la sédation en phase terminale », est problématique. En provoquant une altération de conscience jusqu’à la mort, elle prive les patients de vivre leurs derniers jours ou leurs derniers moments lucidement, comme le permettent généralement d’authentiques soins palliatifs. Inscrite dans la loi, elle est revendiquée comme un droit par des patients ou par leurs familles, ce qui ne favorise pas la confiance et le dialogue avec les équipes soignantes. Enfin et surtout, sa finalité est équivoque : s’agit-il d’« accompagner la fin de vie » ou d’abréger la vie ? De soulager la douleur jusqu’à la fin ou de provoquer la mort ? Le risque que la « sédation profonde et continue jusqu’à la mort » devienne l’instrument privilégié de « l’aide active à mourir » (y compris le suicide assisté) n’a pas besoin d’être démontré. La facilitation de cette sédation par la mise à disposition dans les pharmacies de médicaments permettant de l’obtenir ne manquera pas de mettre au pied du mur des médecins généralistes soignant à domicile des malades en fin de vie, surtout quand aura sauté le fragile verrou à l’euthanasie de la « décision collégiale » (obligation de recueillir l’avis d’un autre médecin et du personnel soignant) qui est désormais la cible d’attaques redoublées. Celles-ci vont de pair avec la montée de la revendication de légaliser l’euthanasie que n’a pas hésité à défendre le président de La Mutualité française, Thierry Beaudet, dans une tribune au JDD (19 janvier) : pour lui, les mutuelles « seraient pionnières en créant les lieux et les conditions permettant d’exercer une telle liberté ».

Marie de Hennezel, psychologue et écrivain, lui a répondu dans une autre tribune du JDD (1er février, en lien ci-dessous) : « Est-ce le rôle d’un mutualiste de se faire l’apôtre de la mentalité euthanasique, le défenseur d’une solution facile et économique ? (…) quel message d’accompagnement et de prévention du suicide [les mutuelles] feront-elles passer à leurs adhérents âgés et fragiles, lorsque, dans le même temps, elles proposeront les lieux et les conditions de la mort programmée ? »


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