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Economie

La synthèse

La France, ingrate championne du tourisme

Par Philippe Oswald - Publié le 30 juillet 2019

Bien qu’elle fasse le minimum pour ses visiteurs, quand elle ne se montre pas carrément dissuasive, la France reste le pays du monde qui attire le plus de touristes. Elle le doit à la variété de ses paysages, à la taille et à la diversité de son littoral et de ses montagnes, à l’exceptionnelle richesse de son patrimoine (notre pays est, après l’Italie, le deuxième au monde en nombre de sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco), à sa gastronomie légendaire, à sa position au cœur de l’Europe.

Malgré la crise des « Gilets jaunes » et son chapelet de grèves, la France a bénéficié d’un taux record de fréquentation l’an dernier, avec 89,3 millions d’étrangers soit une hausse de 3% sur un an. L’ensemble des hébergements touristiques collectifs du pays (hôtels, campings, villages vacances, auberges de jeunesse...) a enregistré 438,2 millions de nuitées en 2018, soit 9 millions de plus qu’en 2017. Les touristes français ont représenté 62% des clients des hôtels, mais la croissance a été due essentiellement aux visiteurs étrangers, venus majoritairement des pays voisins. Le camping continue de progresser tout en se sophistiquant avec la vogue des emplacements équipés (mobile-homes, chalets, bungalows, tipis et yourtes) …ce qui le fait monter en gamme et en écarte malheureusement les plus modestes. Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact des épisodes caniculaires des mois de juin et de juillet sur la fréquentation de 2019, mais les prévisions pour l’ensemble de la saison restent optimistes, les Français privilégiant de plus en plus leur pays pour leurs vacances estivales : sur les 60% de Français qui partent en vacances l’été, 80% font le choix de la France et 20% se rendent à l’étranger (20% des Français ne choisissent pas l’été pour voyager et 20% ne bougent pas de chez eux pour des raisons essentiellement économiques ).

Un rapport remis le 24 juillet par la commission tourisme de l’Assemblée nationale pointe toutefois le médiocre profit que la France tire de son attractivité. Alors qu’elle devrait être en tête pour les retombées touristiques grâce à ses 89,4 millions de visiteurs étrangers l’an dernier, soit 9,3 millions de plus que les États-Unis et 6,5 millions de plus que l’Espagne, la France n’occupe que la troisième position avec 55,5 milliards d’euros de recettes contre l’équivalent de 160 milliards d’euros pour les Etats-Unis et 60 milliards d’euros pour l’Espagne (en 2017). En cause, le fait que nous ne sachions pas bien accueillir (amabilité, propreté, compétitivité) ni retenir les touristes étrangers (en moyenne 6,7 jours contre 8,7 jours en Espagne), ni les inciter à dépenser leur argent (les visiteurs dépensent en moyenne 260 euros par jour en France, ce qui la place en soixante-troisième position mondiale !). Le rapport pointe l’inaction des pouvoirs publics qui avaient prévu de mobiliser 1 milliard d’euros entre 2015 et 2020 pour développer le tourisme, un objectif hors d’atteinte selon la Cour des Comptes, notamment en raison du faible développement d'une société foncière de la Caisse des dépôts. Le rapport parlementaire dénonce aussi « des contraintes réglementaires et administratives, encore trop nombreuses » pesant sur ce secteur. Le mille-feuille administratif typiquement français nuit à une unité de stratégie et de promotion, et Bercy n’a toujours pas renoncé à sa manie atavique de serrer le kiki de la poule aux œufs d’or !


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