La Sélection du jour | La France importe d’Europe plus de produits alimentaires qu’elle n’en exporte (n°696)
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La France importe d’Europe plus de produits alimentaires qu’elle n’en exporte

Par Philippe Oswald - Publié le 06 juillet 2019

L’alerte vient de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) : l’an dernier, pour la première fois depuis la fin de la guerre, la France a acheté à ses partenaires européens plus de denrées qu’elle n’en a vendues : sa balance commerciale agroalimentaire est devenue déficitaire. De peu, certes : 38,4 milliards d’importations contre 38,1 milliards d’exportations, soit un petit déficit de 300 millions d’euros. Mais c’est une première depuis 1945. Et une tendance lourde puisqu’au cours des sept dernières années, la balance agroalimentaire de la France est passée d'un excédent de 6 milliards d'euros à un déficit de 300 millions d’euros. Quant à nos exportations vers le Royaume Uni, l’un des cinq pays (Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne) avec lesquels la France réalise la moitié de ses exportations alimentaires, elles risquent évidemment de pâtir du Brexit.

Qui donc taille des croupières à l’ex-première puissance agricole mondiale après les Etats-Unis ? L’Allemagne et les Pays-Bas dont les parts sur les marchés mondiaux sont désormais supérieures à celles de la France, mais aussi la Pologne qui inonde le marché de viande de bœuf, de fruits et légumes, ou l’Espagne, qui, outre ses fruits et légumes, s’est mise à exporter des boissons et de la viande porcine. Au total, nos importations ont bondi de 24% tandis que nos exportations sont quasi-stables. Notons que le dynamisme commercial de nos voisins, pour ne pas dire leur agressivité, résulte aussi de leur écroulement démographique : l’Espagne, l’Italie, les pays d’Europe centrale ayant moins de bouches à nourrir, il faut bien qu’ils trouvent des débouchés à leurs productions. Quant aux faiblesses françaises, elles ne sont que trop connues : selon la direction du Trésor, 70% de la perte de compétitivité des exploitations françaises est causée par des charges trop élevées, une tendance à la surrèglementation et des fragilités structurelles.

C’est sur la qualité de ses produits agroalimentaires que la France doit faire la différence et non sur une baisse des coûts de la production, si cette baisse devait s’accompagner d’une baisse qualitative.  Comme le remarque Vincent Chatellier, économiste à l’INRA, la France exporte bien son lait en poudre en Chine depuis quelques années, parce qu’il est réputé de qualité, contrairement au lait chinois (qui a occasionné plusieurs scandales alimentaires dont ont été victimes de nombreux nourrissons). Et puis, il nous reste nos secteurs de prédilection, notamment les vins et spiritueux, à soigner plus que jamais puisque ils sont encore excédentaires. Encore faudrait-il que les consommateurs acceptent de payer au juste prix des aliments de qualité pour que la France ne pâtisse pas de « son positionnement haut de gamme » ainsi que le relève Les Echos (en lien ci-dessous). Un défi quand la population s’appauvrit comme en Italie, mais aussi en France où ceux qui ont du mal « à joindre les deux bouts » achètent au moindre coût des produits étrangers. Exemple emblématique, les fromages : leurs importations ont augmenté de 40% depuis 2011 !


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