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Islam

La synthèse

La France fait échec à une campagne pro-hijab du Conseil de l'Europe

Par Louis Daufresne - Publié le 06 novembre 2021

De quoi le foulard islamique est-il le nom ? Est-il une preuve de soumission, une source de fierté, un signe d’appartenance, l’étendard d’une provocation ? Et si les musulmans eux-mêmes nous renseignaient un peu... Depuis l’affaire de Creil (1989), l’opinion s’échine à interpréter ce geste : est-il religieux, politique, culturel ou les trois à la fois ?

Les moins critiques n’y voient qu’une manière de s’habiller, une forme d’exotisme diversitaire, sans arrière-pensée belliqueuse. Les plus hostiles y décèlent une volonté d’occuper l’espace, d’asservir les femmes, d’imposer sa loi. Comme les flots sur le rocher, cette polémique finit par éroder le marbre de notre piédestal républicain. Dernière vague en date : la campagne de promotion du hijab par le Conseil de l'Europe.

De quoi s'agit-il ? Ce sont des portraits de jeunes femmes souriantes et voilées, tantôt sur une moitié de l’image, avec plusieurs slogans en anglais « Bring joy & accept hijabs » (« apportez de la joie & acceptez les hijabs »), « Beauty is in diversity as freedom is in hijab » (« la beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab »), « My headscarf, my choice » (« mon foulard, mon choix »). L’initiative émane du Programme pour l'inclusion et la lutte contre les discriminations, géré par le Conseil de l’Europe et cofinancé par l'Union européenne.

Passée dans un premier temps inaperçue, cette campagne se fracassa sur une autre campagne, électorale celle-là, la présidentielle en France, cornaquée par un certain Éric Zemmour. De Laurence Rossignol à Gabriel Attal, de Valérie Pécresse à Jean-Michel Blanquer, un mur d’incompréhension et d’indignation se dressa contre ce qui fut perçu comme un cheval de Troie de la soumission à l'islam. Devant cette bronca, l’UE décida, mardi dernier, de retirer sa campagne, toujours accessible sur son site. Sans le contexte électoral, la France l’aurait-elle emporté ? Pas sûr. L'UE ne s’avoue pas vaincue : « Nous allons réfléchir à une meilleure présentation de ce projet », indiquait-on au Conseil de l’Europe.

L’affaire pourrait être anecdotique si elle ne visait pas l’institution la plus ancienne du Vieux Continent, antérieure à la Commission europénne, cet hyper-ministère du grand marché. Créé en 1949 pour nous vacciner des virus totalitaires rouge ou brun, le Conseil de l’Europe est la « maison mère » de la Cour européenne des droits de l’homme, la vigie de nos libertés, à la nuance près que, née dans l’après-guerre, la vision anglo-saxonne y prédomine sur les mœurs latines et françaises.

Le Conseil de l’Europe jouit d’une surface diplomatique plus vaste que l’Union européenne (47 pays dont la Russie). La Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Albanie en sont membres, trois États musulmans. Ankara fait de l’entrisme communautaire et Bakou s’achète bien des amitiés en Europe via sa « diplomatie du caviar ». Pour les puissances musulmanes, le Conseil de l’Europe est un maillon faible, peu doté (500 M€), peu connu des media, où les droits de l’homme ne se limitent plus qu'à la défense des minorités oppressées. Une multitude de « programmes visant à lutter contre la discrimination, les inégalités et l'exclusion et à renforcer l'inclusion » sont gérés par le Conseil de l’Europe et cofinancés par l'Union européenne.

La campagne pro-hijab est siglée du mouvement de jeunesse No Hate, lancé en 2013, étendu à 45 pays en 2017. Ce vecteur d'influence est une porte d’entrée pour l’activisme minoritaire. The No Hate Speech Movement fournit toute une panoplie d'outils constituant le manuel du parfait militant. Dès la première page, une mention surmonte une case à remplir : « Type de comportement haineux encouragé. Exemple : appelle-t-il à "tuer les musulmans" ? » Parallèlement, le Conseil de l’Europe refuse d’accréditer des ONG comme Alliance Defending Freedom ou European Center for Law and Justice, toutes deux jugées trop conservatrices (car opposées au mariage de même sexe et à l'IVG). Pourquoi ces deux points sont-ils rédhibitoires, alors que des ONG islamiques bien en vue partagent sans doute cette position ? L'article du Figaro cite l'association Femyso (Forum of European Muslim Youth and Student Organisations). Les visuels de la polémique ont été créés « en coopération » avec cette ONG, peut-on lire sur le site du Conseil de l'Europe. « Le Femyso est une organisation proche des Frères Musulmans, qui émane de l'Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE) », explique Florence Bergeaud-Blacker au Figaro.

Toute la question est : qu’est-ce qu’une minorité, qu’est-ce que la haine ? Que le discours du christianisme centré sur l’amour du prochain ne soit pas admis à participer à ce genre de mouvement européen est l’indicateur d’un biais idéologique. La haine regroupe apparemment tout ce qui ne promeut pas le multiculturalisme et les nouvelles mœurs.

Pour son image, le Conseil de l’Europe se réfère à l'avocat américain Frank Sharry, fondateur du mouvement America’s Voice et connu pour son combat pour le droit des immigrants aux États-Unis. Un go-between, sans doute.


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