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Société

La synthèse

La famille, tout sauf une grande cause nationale

Par Judikael Hirel - Publié le 16 janvier 2020

Le profil des familles de France est le reflet de ce que les politiques veulent que la société soit. Or l’Insee le constate dans sa dernière livraison statistique, la famille que l’on qualifie de classique, voire traditionnelle, est désormais devenu minoritaire dans l'Hexagone. Dit autrement, les couples mariés élevant ensemble les enfants qu’ils ont eu ne sont plus majoritaires en France, selon une étude publiée le 14 janvier dernier. En 2011, la moitié des familles correspondait à ce modèle; elles ne sont plus que 45% en 2018. Pour autant, plus largement, à l’heure où l’on se plaît à tuer le père, les familles comptant un père et une mère demeurent largement majoritaires, avec 67% des 8 millions de familles avec au moins un enfant mineur recensées en France en 2018. Quant aux familles recomposées, malgré leur omniprésence médiatique, leur proportion demeure en fait stable depuis 1999, à 9% en 2018.

Les familles monoparentales sont quant à elles passées de 22 à 24% entre 2001 et 2018, représentant aujourd’hui près d’un quart des familles, contre moins de 10% en 1975. L’explosion des divorces est passée par là, plaçant les femmes seules avec enfants en première ligne de la précarité. Autre variable sans doute impossible à prendre en compte par l’Insee : les fausses déclarations. En effet, la multiplication des aides aux parents isolés incite sans doute à la fraude, en l’absence de dispositifs de contrôle efficaces.

Au total, 4 millions d’enfants vivaient avec un seul de leurs parents en 2018, sur un total de 14 millions de mineurs. Comme le souligne par ailleurs l’Insee, les parents à la tête d’une famille monoparentale sont "moins souvent en emploi que dans les autres familles" et "moins diplômés". Dans les familles recomposées, seules un tiers des mères affichent un diplôme du supérieur, contre la moitié des mères des familles "traditionnelles". Par ailleurs, 66% des enfants des familles "traditionnelles" vivent dans un logement dont leurs parents sont propriétaires.

Le constat semble des plus clairs et pose encore plus crûment la question de l’absence de politique familiale volontariste en France, alors que le modèle familial traditionnel prouve pourtant toujours ses qualités. Toujours selon les dernières statistiques de l'Insee, les naissances baissent aussi pour la cinquième année consécutive en France en 2019. Entre chute des naissances et nombre d'IVG toujours incroyablement élevé, les scénarios d’équilibre à long terme du système de retraite et de santé s'évanouissent. En effet, ils reposent sur une hypothèse de fécondité (1,95 enfant par femme) dont on ne cesse de s’écarter. Or en 2019, seulement 753 000 bébés sont nés en France, soit 6 000 de moins que l’année précédente. Comment redonner suffisamment confiance en l’avenir aux futurs parents pour qu’ils osent et puissent avoir autant d’enfants qu’ils le souhaitent ? Bien souvent, la peur du coût d'une grande famille, les craintes pour les revenus et pour l’emploi, brident la volonté d’avoir autant d'enfants que désiré. Une hausse des naissances constitue pourtant l’un des meilleurs indicateurs qui soient en termes de confiance en l’avenir, de vitalité d’un pays. Pour bâtir l'avenir, la famille, constituée d’un père, d’une mère et de leurs enfants, ne mériterait-elle pas d’être la première des grandes causes ?


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