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La synthèse

La démographie, talon d’Achille de la Chine

Par Philippe Oswald - Publié le 27 mai 2021

« Colosse au pied d’argile » : la prophétie biblique du Livre de Daniel annonçant l'effondrement du royaume de Babylone à Nabuchodonosor II, a été souvent appliquée à la Russie, à l’époque où l’URSS semblait toute puissante. Elle pourrait aujourd’hui viser la Chine qui dispute le premier rang mondial aux États-Unis. En cause, la démographie chinoise : la chute de la natalité et le vieillissement de la population compromettent sérieusement les visées hégémoniques de Xi Jinping.

Le Bureau national des statistiques (BNS) chinois a publié le 11 mai, avec un mois de retard, signe d’embarras, les résultats du 7e recensement national de la population chinoise : la partie continentale de Chine compterait 1,41 milliard d’habitants, soit une augmentation de 0,53% par an en moyenne au cours de la dernière décennie contre 0,57% entre 2000 et 2010. Cette faible croissance sauve les apparences en cette année où le Parti communiste chinois célèbre son centième anniversaire. Mais elle est fortement contestée par des démographes installés hors de Chine. Ils estiment que, pour la première fois depuis la fin des années 1950, la population chinoise est en déclin, rapportent le Financial Times et le South China Morning Post (27 avril). Elle serait aujourd’hui inférieure à 1,28 milliard d’habitants, selon Yi Fuxian, chercheur à l’université de Wisconsin-Madison. D’après ses calculs, la Chine n’est plus le « pays le plus peuplé du monde » depuis 2013 : elle est dépassée par l’Inde (1,36 milliard) dont la natalité reste soutenue. En cause, le vieillissement et la chute de la natalité de la Chine. Selon le BNS lui-même, les 60 ans et plus sont 264 millions, soit 18,7% de la population chinoise, en hausse de 5,44 points par rapport aux 13,3% calculés en 2010 lors du précédent recensement. Quant au nombre de nouveau-nés, il a chuté l’an dernier de 15% dans l’ensemble du pays et de 24% à Pékin, un effondrement sans équivalent depuis une décennie, et qui touche non seulement la capitale mais les métropoles chinoises. Alors que le seuil de renouvellement des générations est de 2,1 (210 naissances pour 100 femmes en âge de procréer), celui de la Chine continentale est tombé en dessous de 1,3, avec seulement avec 14,65 millions de naissances en 2019 suivi d’une « plongée » historique – effet Covid ? – à 12 millions en 2020 (soit moins de la moitié du record de natalité en 1987 : 25,5 millions de naissances).

Selon le démographe chinois He Yafu, interrogé par le Global Times, journal pourtant sous contrôle du Parti, le nombre de morts devrait excéder celui des naissances dès l’an prochain, ce qui est sans précédent depuis les terribles famines provoquées par le « Grand Bond en avant » de Mao entre 1959 et 1961. Sur cette pente, il y aura inéluctablement plus de retraités que d'actifs. Certes, bien d’autres pays ont entamé un vieillissement rapide, tel le Japon ou la Corée du Sud, pour s’en tenir aux voisins de la Chine dans l’Asie du Nord-Est. Mais ces pays sont devenus riches avant de devenir vieux : ils ont atteint un niveau de développement auquel l’Empire du Milieu, à cause de son vieillissement vertigineux, ne pourrait plus accéder, malgré son spectaculaire décollage socio-économique des dernières décennies. Le vieillissement de la population chinoise aura gagné de vitesse la course à la prospérité : le nombre de Chinois de plus de 65 ans ayant doublé depuis l’an 2000, la Chine a connu en 22 ans un vieillissement que la France a mis 140 ans, et les États-Unis 70 ans à atteindre, selon un rapport de la banque centrale de Chine (PBOC). Or, relève avec inquiétude la PBOC, ces pays occidentaux font face à leur vieillissement avec des revenus par habitant de l’ordre de 30 000 dollars, contre 10 000 dollars en Chine. Devant aider leurs aînés fort peu assistés par l’État, les Chinois ne veulent pas se charger de plus d’un enfant et épargnent pour leur retraite, au détriment de la consommation. Démographiquement et économiquement, le dragon se mord la queue…

La cause principale de la chute démographique est la politique dictatoriale de l’enfant unique imposée à toute la population à partir de 1978 (y compris par des dizaines de millions d’avortements forcés). En outre, la préférence traditionnellement accordée aux garçons a provoqué des infanticides massifs de filles, déséquilibrant toute la société : le ratio est actuellement de 111 Chinois pour 100 Chinoises contre 105 garçons pour 100 filles en moyenne dans le reste du monde. Alors que la catastrophe se profilait, Xi Jinping avait mis un point final à la politique de l'enfant unique en 2016. Mais il était trop tard : « La croissance avait alors commencé à ralentir, tandis que le coût de la vie, lui, augmentait, poussant bon nombre de Chinois à choisir de ne pas faire plus d'enfants », explique à France 24 (en lien, ci-dessous), Mary-Françoise Renard, directrice de l'Institut de recherche sur l'économie chinoise (Idrec). Tel le Titanic lancé vers l’iceberg, le colosse chinois continue sur sa lancée.


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