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Société

La synthèse

La déchristianisation, première des fractures françaises

Par Philippe Oswald - Publié le 11 avril 2019

Fondé en 1938, l’IFOP (Institut français d'opinion publique) est la plus ancienne entreprise de sondages en France. Cette ancienneté lui permet de bénéficier de données à long terme dont a tiré parti Jérôme Fourquet, directeur de département à l’IFOP, pour publier « L’archipel français, naissance d’une nation multiple et divisée » (éditions du Seuil). Il y décrit la fracture sociale, culturelle, éducative, géographique et ethnique dont souffre actuellement la France, et dont la crise des Gilets jaunes est l’un des symptômes. Ce n’est certes pas « L’Archipel du Goulag », mais néanmoins l’archipel français…

Sans prétendre mythifier un âge d’or imaginaire, Jérôme Fourquet estime que la France contemporaine a atteint un degré de délitement sans précédent. Si la crise des Gilets jaunes a réveillé en sursaut beaucoup de monde, les maux de la « France périphérique » déjà diagnostiqués par Christophe Guilluy, ne sont qu’un aspect, économique et territorial, d’une fragmentation multiple, aggravée oar la fracture ethnoculturelle de l’immigration massive. Cette désagrégation est avant tout éducative et culturelle, idéologique et affinitaire.  

La fracture initiale est religieuse : la déchristianisation touche notre pays à un degré sans précédent, et elle a un effet universel sur la désagrégation sociale. Il y a soixante ans, à la veille du concile Vatican II, 35 % des Français allaient à la messe tous les dimanches. Or ces « messalisants » ne sont plus aujourd’hui que 5 ou 6 % (pourcentage probablement optimiste ou trompeur, car on a modifié la définition du pratiquant en considérant qu’une participation à l’eucharistie mensuelle et non plus hebdomadaire suffit à le ranger dans cette catégorie… NDLR). Deux générations ont suffi pour réduire les catholiques français au statut de « petit troupeau » dans la société. Leur mobilisation massive contre « le mariage pour tous » en 2012-2013 n’a pas empêché le gouvernement socialiste de promulguer la loi Taubira sous François Hollande, alors que François Mitterrand avait calé devant de semblables levées en masse des catholiques pour défendre l’école libre en 1984.

La société française n’est plus « matricée en profondeur par la philosophie, la culture judéo-chrétienne et par le catholicisme » constate Jérôme Fourquet. Non seulement parce que les catholiques y sont très minoritaires, mais parce que leurs adversaires de toujours, les républicains anticléricaux, ont eux aussi perdu leur socle idéologique judéo-chrétien : jadis, ils croyaient encore à un droit naturel, base d’une morale qui était enseignée dans les écoles publiques comme dans les écoles catholiques. L’affrontement entre l’instituteur et le curé ne remettait pas en cause ce référentiel judéo-chrétien. Ce n’était encore qu’une querelle de famille. Avec mai 68, elle a tourné en révolution culturelle.  

Le résultat ? Une plongée dans ce « désenchantement » prophétisé par Marcel Gauchet en 1983 comme étant le fruit amer d’une « sortie de la religion » : matérialisme épais, individualisme forcené, hédonisme compulsif. Le « multiculturalisme » issu de l’immigration massive accentue la fragmentation (cf. l’explosion des prénoms du type Mohamed : 1 % des garçons nés en France dans années 60, 18,5 % de nos jours). « Nous sommes sans doute arrivés au stade ultime » de la décomposition estime à présent Jérôme Fourquet. Pour les catholiques, du moins pour le « petit troupeau », ce « stade ultime » porte un nom : c’est une Semaine sainte. Quelles que soient sa longueur et sa dureté, ils espèrent que c’est un signe des temps et que la Résurrection est proche !


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