La Sélection du jour | La course à l’armement est de retour (n°738)
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La course à l’armement est de retour

Par Judikael Hirel - Publié le 26 août 2019

La guerre froide est derrière nous ? En fait, loin des tables du G7 de Biarritz, la course à l’armement entre grandes puissances a bel et bien repris. Mi-août, juste après s’être retiré du traité INF relatif aux missiles intermédiaires, les Etats-Unis ont en effet annoncé l’essai d’un nouveau missile de croisière au large de la Californie. De quoi déclencher la colère de la Russie et de la Chine… qui font exactement de même de leur côté. Car c’est tout le système de contrôle des armements qui est en train de s’effondrer.

Ce test américain intervient alors que des observateurs estiment que Washington, malgré sa flotte et ses douze porte-avions, est "dangereusement dépassée et mal préparée" face à Pékin dans le Pacifique. Selon un rapport du Centre d'études sur les Etats-Unis de l'université de Sydney, les forces américaines ont perdu leur prééminence militaire face à celle de Pékin dans la région. La raison : des années de sous-investissement en raison de la priorité donnée au Proche-Orient. Selon cette étude, "la Chine est de plus en plus capable de défier l'ordre régional par la force du fait de ses investissements de grande ampleur dans les systèmes militaires avancés." Il faut dire que, sous la présidence de Xi Jinping, le budget officiel de la défense en Chine a progressé de près de 75 %, pour atteindre 178 milliards de dollars et devenir le deuxième budget militaire de la planète. Ainsi, la Chine pourrait s'emparer de territoires taïwanais, d'îles administrées par le Japon ou de zones de mer de Chine méridionale avant même que les forces américaines n'aient le temps d'intervenir. Faut-il imaginer un jour un front commun américano-russe face à la menace chinoise ? Rien n’est impossible…

Quand les Etats-Unis testent des missiles d’une portée de plusieurs milliers de kilomètres, volant plus bas que les missiles intercontinentaux, et donc plus difficiles à intercepter, la Russie ne se cache en tout cas plus de ses essais de nouveaux missiles, surtout après l’explosion de Nyonoska, dans le nord de la Russie. On parle d’une arme nouvelle, de missiles en partie à propulsion nucléaire, d’une portée intercontinentale. Pendant ce temps, en quelques semaines, la Corée du Nord a procédé à six essais de missiles à courte ou moyenne portée. Quant à la France, fin juillet, elle a parlé de créer sa propre "armée de l’espace”, avec une rallonge de 700 millions d’euros pour le spatial militaire d’ici à 2025, en sus des 3,6 milliards d’euros déjà prévus “pour le renouvellement complet des capacités satellitaires françaises”. Alors que chacun fourbit ses missiles, la militarisation de l’espace est elle aussi en marche.


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