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La synthèse

Julian Assange, symbole malgré lui ?

Par Judikael Hirel - Publié le 24 février 2020

La justice britannique vient de commencer à examiner la demande d'extradition vers les Etats-Unis de Julian Assange, fondateur du site WikiLeaks. La divulgation via ce site d’une vaste masse d'informations classifiées lui fait encourir jusqu'à 175 ans de prison outre-Atlantique, où il est poursuivi pour piratage informatique et espionnage.
Héros de la liberté d’expression ou simple intermédiaire dépassé par ce qu’il a créé ? Si le personnage demeure controversé, l'Australien âgé aujourd’hui de 48 ans est devenu un symbole, ne serait-ce qu’en raison des informations dévoilées grâce à lui, et qui sans cela n’auraient sans doute jamais été portées à la connaissance du grand public. En 2010, ce sont ainsi 250 000 câbles diplomatiques et 500 000 documents confidentiels portant sur les activités de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan qui sont mis en ligne. On découvre sur Wikileaks aussi bien une vidéo montrant des civils tués par des tirs que la confirmation de l’écoute des présidents européens par les services secrets américains. En 2016, c’est aussi sur Wikileaks que paraissent des milliers de courriels piratés du Parti démocrate et de l'équipe d'Hillary Clinton, soulignant notamment comment le choix de la candidate avait été faussé au sein de ce parti afin de favoriser la candidature de Clinton et écarter celle de Sanders.

Lors d'une audience préliminaire, Assange a déclaré refuser de se "soumettre à une extradition pour un travail de journalisme qui a récolté de nombreuses récompenses et protégé beaucoup de gens". Pour autant, la publication de données brutes non expurgées a aussi mis des sources en danger. La liberté d’informer doit-elle l’emporter sur leur sécurité ? Les accusations de viol qui l’avaient obligé à se réfugier des années durant au sein de l’ambassade d’Equateur ont été abandonnées. Maintenant qu'il est emprisonné au sein du "Guantanamo britannique", des voix, dont celles d'Amnesty international et Reporters sans frontières, commencent à s’élever pour dénoncer le traitement infligé au lanceur d’alerte qu’est Julian Assange. Le rapporteur de l'ONU sur la torture Nils Melzer estimait en mai dernier qu'il présentait "tous les symptômes typiques d'une exposition prolongée à la torture psychologique". Soumis à l'isolement 23 heures sur 24, il n'a droit qu'à deux visites de deux heures par mois.

Au-delà de son cas personnel, le créateur de Wikileaks est en fait devenu le symbole de la lutte de l’individu contre un état surpuissant, en ces temps connectés permettant de modifier le rapport de force. Qu’il s’agisse de guerre, de diplomatie, d’espionnage, de fraude fiscale ou de mœurs au sein de l’univers du football, les fuites en ligne, vérifiées et reprises par des médias reconnus, auront en tout cas contribué à donner une légitimité à Internet en tant que source fiable. Mais toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?


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