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International

La synthèse

Hongkong fait sortir Pékin de ses gonds

Par Philippe Oswald - Publié le 06 août 2019

La révolte de la majorité des sept millions de Hongkongais contre la volonté des autorités communistes de « normaliser » peu à peu le régime de semi-autonomie de la presqu’île ne faiblit pas. Au contraire, après deux mois de nouvelles tensions, « la crise évolue à une vitesse folle », titrait le 5 août la chaîne LCI. Violents affrontements avec la police, grève générale, blocage du métro, la « région administrative spéciale » de Hongkong est devenue un caillou dans la chaussure de Xi Jinping, l’autocrate de Pékin, d’autant plus qu’à Taiwan, l’île rebelle et jamais conquise, on suit de très près les événements.

C’est le projet de loi autorisant des extraditions judiciaires vers la Chine continentale qui a mis le feu aux poudres. Ce projet de loi liberticide, puisqu’il mettrait les opposants à la merci de Pékin, n’a été que suspendu et non abrogé par les autorités à la solde du pouvoir central communiste. Il viole sans vergogne l’esprit du traité signé en 1997 avec les Britanniques lors de la rétrocession de Hongkong à la Chine - « un pays, deux systèmes », Pékin étant supposé ne s’occuper que des Affaires étrangères et de la Défense. Qui plus est, le pouvoir a fait attaquer physiquement les protestataires par les « triades », des mafias locales à sa solde (décrite par Soljenitsyne, la pratique consistant à s’appuyer sur les « socialement proches » contre les « ennemis du peuple » appartient à tous les régimes communistes). Les Hongkongais ne sont pas dupes : ils savent que les communistes ne renoncent jamais à étouffer les libertés sans y être contraints. C’est pour retrouver les libertés dont ils jouissaient quand Hongkong était sous souveraineté britannique que beaucoup d’entre eux sont prêts aujourd’hui à sacrifier leur vie. Mais ils le font avec une subtilité chinoise, jouant au chat et à la souris avec la police, en prenant un maximum de précautions pour ne pas être identifiés. Ils réclament l'enterrement définitif du projet de loi et la démission de Carrie Lam, la femme mise par Pékin à la tête de l'exécutif local.

Pékin -qui contrôle en sous-main la police de Hongkong- se fait de plus en plus menaçant contre les manifestants avec un vocabulaire qui rappelle les pires époques des répressions communistes : « Cela doit être très clair pour le tout petit groupe de criminels violents et sans scrupules et les forces répugnantes qui se cachent derrière eux : ceux qui jouent avec le feu périront par le feu » a averti ce 6 août un haut responsable du gouvernement chinois. « En fin de compte, ils seront châtiés ». « Ne sous-estimez jamais la ferme détermination et la puissance immense du gouvernement central », a relayé lors d'une conférence de presse à Pékin, le porte-parole du Bureau des affaires de Hongkong et Macao.

Mais concrètement, la marge de manœuvre de Xi Jinping et du Parti communiste paraît fort restreinte, analyse Renaud Girard dans Le Figaro (en lien ci-dessous). En fait, il n’y a que trois options, toutes mauvaises : 

  1. Réitérer une répression sanglante du type de la Place Tienanmen, 30 ans après (4 juin 1989), au risque d’être soumis à un rigoureux embargo occidental en plus des droits de douane punitifs qu’impose déjà aux produits chinois l’Amérique de Trump.
  2. Laisser pourrir la situation en arrêtant ou enlevant les leaders comme en 2014, lors de la révolte estudiantine des « parapluies ».  Mais aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les étudiants mais toutes les catégories de la population qui sont dans la rue.
  3. Initier une vraie réforme, une « perestroïka » à la chinoise, hypothèse qui semble à mille lieues de la psychologie de Xi Jinping, devenu le nouveau « grand timonier » fort peu disposé à lâcher la barre…et les avantages substantiels que l’oligarchie communiste tire de la dictature du Parti (des milliards placés discrètement…dans les banques de Hongkong, ce qui rend le caillou dans la chaussure encore plus douloureux et délicat à extirper !).

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