Réponse de l'auteur - 04/06/2026 à 11:06
Vous avez raison, et c'est un point que j'aurais pu développer davantage. J'ai choisi ici de me concentrer sur la résolution française elle-même, ses présupposés et ce qu'elle révèle de la vision du monde aujourd'hui portée par une partie des élites françaises et européennes. Malheureusement l'article est déjà long et il faut faire des choix...
Mais il est évident que le sommet de Bucarest de 2008 constitue un élément central du dossier. Depuis des décennies, la Russie dénonce l'extension continue des structures euro-atlantiques vers ses frontières. On réduit souvent cette critique à l'OTAN, mais elle concerne en réalité un ensemble plus vaste. Car si l'OTAN représente le bras militaire de l'Occident, l'UE en constitue souvent le bras politique, économique, normatif et culturel.
Mon objectif était surtout d'attirer l'attention sur une autre dynamique : cette tendance croissante des institutions européennes à se présenter comme arbitres des peuples, des gouvernements et même des modèles de société, il n'y a qu'à voir les missions d'observation électorale, où des émissaires de l'UE supervisent des élections, rédigent des rapports, puis font des "recommandations" (comprendre, des ordres) allant de l'inclusion à la théorie du genre, sans aucun rapport avec le processus électoral lui-même. Derrière les références aux « valeurs européennes » apparaît souvent une volonté d'harmonisation toujours plus poussée des normes, des politiques et parfois des cultures.
À l'heure où émergent l'identité numérique, l'euro numérique et des dispositifs de régulation de l'information, certains y voient une simple modernisation présentée comme une évidence inéluctable, le fameux « il faut vivre avec son temps ». Cette rhétorique naturalise des choix politiques en les faisant passer pour une fatalité technique, hors de tout débat. D'autres y discernent les fondations d'un projet politique plus vaste : celui d'une Europe fédérale exigeant, pour fonctionner, une base culturelle, normative et idéologique de plus en plus homogène. Dans cette logique, les particularismes nationaux, les traditions historiques et les divergences politiques deviennent des obstacles à éradiquer.
Au fond, cette croisade morale repose sans doute sur une cécité confortable : celle qui consiste à croire que l’autoritarisme et le totalitarisme sont des phénomènes étrangers, rustres et archaïques, qui ne peuvent pas prospérer sur nos terres éclairées, impossible ! Peu importe ce qu'il se passe... Vraiment peu importe ce qu'il se passe. C’est méconnaître la nature même du pouvoir, qui, sous couvert de bienveillance, de modernité et de défense du bien commun, peut s’arroger les prérogatives les plus totalitaires, à condition de les parer du vocabulaire vertueux de notre temps... Merci de m'avoir lu et à très bientôt sur LSDJ !