La Sélection du jour | Féminicide : Schiappa photo ! (n°699)
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Féminicide : Schiappa photo !

Par Louis Daufresne - Publié le 10 juillet 2019

Déicide, génocide, raticide, fongicide : à tous les coups, avec le suffixe en -cide, on a le mot « qui tue ». Tout comme son compère, le suffixe -gène, il inhibe voire terrorise (accidentogène, anxiogène, etc.). Avec le -cide, le langage s’affûte comme une arme qui nous sert de parade, et non pas de défense. Cette lame linguistique pénètre l’esprit en le meurtrissant de sa pointe effilée. Féminicide, dernier néologisme, nous fait mal. Comme si un démon aspergeait les femmes d’acide chlorhydrique. Marlène Schiappa le reprend à son compte, sous la pression de groupes féministes qui lui imposent une obligation de résultat sur un terrain des plus fangeux, celui des rapports conjugaux. Car selon un dernier décompte, la terrible liste s'allonge tous les deux jours ou presque. « Des femmes sont en danger, en ce moment même », insiste #NousToutes après qu'une trentenaire a été retrouvée morte étranglée samedi dernier à son domicile des Yvelines. Ce meurtre est comptabilisé comme le 75e féminicide depuis le 1er janvier par la page Facebook qui les recense. Si l'on prend en compte les couples officiels ou non (du mariage à la relation épisodique), 130 femmes sont mortes en 2017 en France, tuées par leur conjoint ou ex, contre 123 en 2016, selon les données du ministère de l'Intérieur. Le même jour, après un rassemblement de quelque 1500 féministes à Paris, Emmanuel Macron reconnaissait sur Facebook que la République n'avait « pas su (...) protéger » les victimes de meurtres commis par des conjoints ou anciens compagnons.

S’agissait-il d’une remontrance déguisée à l’égard de la politique menée par Marlène Schiappa ? En tous cas, c’est Jupiter qui prend la main sur cette question en annonçant un « Grenelle des violences conjugales » du 3 septembre au 25 novembre, date de la Journée contre les violences envers les femmes. L’événement se déroulera à Matignon et sera introduit par Édouard Philippe lui-même. Marlène Schiappa est chargée de s’en faire le rabatteur. Dès demain, elle s’adressera à l'ensemble des préfets pour les mobiliser. Depuis que l'égalité femmes-hommes est érigée en grande cause du quinquennat (2017), les choses ne s’arrangent pas. Pourtant, le secrétaire d’État assure que « le gouvernement agit sans relâche », citant le lancement d'une plateforme de signalement, le « recrutement de 73 psychologues dans les commissariats », l'augmentation des moyens du 3919 « pour donner un objectif de réponse à 100 % » des appels ainsi que l'attribution de « 100.000 euros en plus à une application, App-Elles », qui permet d'envoyer des messages d’urgence de son smartphone. Au total, cette politique publique mobilise « 530 M€ cette année, un record », selon elle. Malgré tout, ajoute Schiappa, « il ne suffit pas de signer un chèque pour qu'il n'y ait plus de féminicides », prenant l'exemple des « téléphones grave danger » (TGD), remis pour six mois aux femmes menacées, mais qui pour la plupart « dorment dans un placard », « faute de décisions de justice ». Le garde des Sceaux, Nicole Belloubet, reconnaît que l'État ne fait « pas assez, et surtout pas assez vite », et rappelle avoir lancé une mission d'inspection pour détecter d'éventuelles défaillances dans les dossiers classés. Le ministre de la Justice cite en exemple l'Espagne, où « le système est beaucoup plus fluide », avec « plus de 10.000 » ordonnances de protection des victimes délivrées chaque année, contre 3.000 en France.

Les associations font-elles pression sur le gouvernement pour en obtenir de l’argent et plus de pouvoir ? Nul doute que le coup du Grenelle ne suffira pas à les calmer avec « une réunion dans deux mois et des résultats dans cinq (après l'adoption du budget de l'État). Le décalage entre la mobilisation inédite de la société (...) et les réponses apportées est flagrant », estime le collectif #NousToutes, conscient que les raouts médiatiques ont le double mérite de valoriser le gouvernement et de faire plaisir à Bercy. Car diversion ne rime pas avec subvention. Marlène Schiappa promet toutefois d’en débloquer, « ainsi que des places d'hébergement en urgence dès cet été ». « Il n'y a pas de solution miracle », concède-t-elle comme pour se justifier. Et de s’écrier : « Si on fait un chèque d'un milliard et que les féminicides s'arrêtent, on le fait immédiatement. » Cette réplique illustre les limites du système :

D’abord, comme tout concept choc, féminicide contient une part d’intox. On ne sait pas de quel phénomène on parle, à quels contextes culturels il se réfère. Il ne suffit pas de constater qu’un homme ait tué une femme pour faire du « terrorisme machiste » un outil de compréhension. Dans beaucoup de pays, la femme ne vaut pas plus, voire moins, qu’un animal. On l’excise aussi sans aucun complexe.

Ensuite, l’impuissance des politiques publiques se nourrit de ses propres contradictions. Par exemple, l’État ne fait pas de lien de cause à effet entre le féminicide et le porno en ligne de plus en plus trash et qui est en libre accès. De même, par démagogie, il considère toutes les relations de couple comme équivalentes, sans valoriser celle qui institue socialement et juridiquement un respect très exigeant de l’Autre, ce que préconise l’assistance mutuelle inscrite dans le mariage. Bien sûr, ce serait trop beau si l'anneau nuptial avait un effet aussi magique que dans le Seigneur des anneaux.

Enfin, le féminisme obtiendrait peut-être plus de résultat s’il se faisait de l’homme un allié, et pas un ennemi. À la vérité, cette cause, pour être audible, doit devenir inclusive. La lutte des sexes ne mène à rien et, en se plaçant sur le seul terrain des rapports de forces, favorise ceux dont les muscles permettent de frapper fort à tous les coups.


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