La Sélection du jour | Euthanasie : pour soulager…à l’exemple de l’IVG (n°287)
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Politique

La synthèse

Euthanasie : pour soulager…à l’exemple de l’IVG.

Par Philippe Oswald - Publié le 01 mars 2018

Dans une  tribune publiée par Le Monde du 28 février, 159 députés, principalement de la majorité LRM, pressent le gouvernement de légaliser l’aide médicale à mourir « au cours de l’année 2018 ». A leur tête, le député (LRM) du Rhône Jean-Louis Touraine, vice-président de la commission des affaires sociales, et franc-maçon. Pour lui, « on ne meurt pas bien en France  (…) l’offre de soins palliatifs ne satisfait pas à la multiplicité des situations individuelles et des souffrances des personnes en fin de vie. Des souffrances accentuées par l’impossibilité pour chacun de choisir sa fin de vie ».

Cette tribune établit un parallèle entre la légalisation de l’avortement et celle, espérée, de l’euthanasie : « Il était temps, en 1975, de sortir de l’hypocrisie des avortements clandestins et d’offrir aux femmes la possibilité de disposer librement de leur corps. De même, il est temps maintenant de sortir de l’hypocrisie qui prive certains d’une aide souhaitée et qui impose à tous une agonie pénible. » En somme, l’euthanasie se propose comme l’IVG d’apporter un soulagement en donnant la mort.

Argument que valide -pour s’y opposer- Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, dans un entretien à Boulevard Voltaire. Il estime, en effet, que le seul argument décisif contre l’euthanasie est l’interdit de tuer.

Pour parvenir à la légalisation de l’euthanasie, cette tribune des 159 députés reprend en effet les arguments employés jadis à propos de l’avortement :

1°) au point de vue de la morale, l’opinion a « mûri » : elle ne s’oppose plus à l’euthanasie comme en témoigne un sondage publié par La Croix selon lequel 89% des Français y seraient favorables.

2°) au point de vue de la justice, seuls les Français aisés peuvent aller à l’étranger pour bénéficier de l’euthanasie.

3°) au point de vue de la légalité, celle-ci est violée dans nos hôpitaux dans lesquels seraient euthanasiées chaque année entre 2000 et 4000 personnes en phase terminale.

4°) au point de vue de la liberté de conscience, aucun médecin ne serait contraint de pratiquer l’euthanasie.

Pour conclure, avec cet argument « historico-symbolique », qu’ayant été capables de voter le droit à l’avortement, il n’y a aucune raison que nous ne soyons pas capables de voter une loi sur la fin de vie.

Face à cet argumentaire, les adversaires de l’euthanasie  soulignent la nécessité de développer les soins palliatifs. Mais, objecte Jean-Marie Le Méné, « le besoin de soins palliatifs est une évidence et tout le monde est d’accord sur ce point, y compris ceux qui sont pour l’euthanasie. »

A ses yeux, seul l’interdit de tuer est déterminant face à l’euthanasie : « La seule bonne réponse est celle qui consiste à s’opposer à l’acte de donner la mort. Il faut refuser que la société donne à la médecine le droit de délivrer la mort à ses patients. Cela est évidemment parfaitement contradictoire avec la vocation et la pratique de l’art médical. L’interdit de tuer est le seul argument de nature à s’opposer à l’euthanasie. Il n’a pas encore été beaucoup utilisé par les opposants à l’euthanasie, mais ça peut venir. »


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