La Sélection du jour | Europe : un tour de magie à 750 milliards d’euros (n°1020)
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Europe : un tour de magie à 750 milliards d’euros

Par Philippe Oswald - Publié le 21 juillet 2020

« Nous avons fait la démonstration que la magie européenne fonctionne », s’est félicité le président du Conseil européen Charles Michel, au terme d’un sommet marathon de près de cinq jours et quatre nuits, achevé ce mardi 21 juillet à 5h30 du matin à Bruxelles… Les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'Union européenne ont trouvé un accord sur les modalités d’un plan massif de relance de 750 milliards d'euro et d’un budget de long terme (2021/2027) pour sortir les pays de l’UE de la récession où les a précipités la crise sanitaire. Un « jour historique pour l'Europe » a déclaré pour sa part Emmanuel Macron, « l’acte de naissance d’une nouvelle Europe », a renchéri le ministre de l’économie, Bruno Le maire. C’est en effet la première fois que la Commission est autorisée à emprunter au nom de l'UE et à répartir les fonds entre des prêts et des subventions accordés aux différents États.

Cet accord a été arraché au forceps, au terme de laborieuses tractations et après de forts rabais. Rabais sur le montant total des subventions : 390 milliards au lieu des 500 milliards prévus par Berlin et Paris. Mais aussi fortes ristournes accordées aux pays dits « frugaux » sur leurs contributions aux subventions pour arracher leur consentement au plan de relance. Ces subventions sont destinées aux pays de l’UE les plus durement touchés par le virus, l'Italie, l'Espagne (60 milliards d'euros de subventions chacune), et la France (40 milliards d'euros). Des victimes du coronavirus, certes, mais aussi des cigales aux yeux des fourmis radines ou « frugales » du Nord de l’Europe : les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark et la Suède. Ces pays sont d’autant moins enclins à dépenser de l’argent public qu’ils sont des contributeurs nets au budget de l'UE, c'est-à-dire qu'ils versent plus d'argent qu'ils n'en reçoivent –comme la France, au demeurant, qui, bien que « cigale », demandera à ses contribuables de… contribuer à payer les substantielles ristournes accordées aux « frugaux » sur leurs parts de subventions : des rabais en hausse de 138% pour l’Autriche (soit une économie de 565 millions d'euros par an), de 91% pour le Danemark (377 millions), de 34% pour la Suède (1,07 milliard), de 22% pour les Pays-Bas (1,92 milliard) … Primes aux plus vertueux ou aux plus virulents ?

Ces 390 milliards de subventions seront la dette commune à rembourser par les Vingt-Sept, la première dans l’histoire de l’UE. Traduisons : ce sera le premier impôt européen… Outre ces subventions, 360 milliards d’euros seront disponibles pour des prêts, remboursables par le pays demandeur (reste à savoir lequel préfèrera recourir aux prêts de la Commission plutôt qu’au financement sur les marchés). Le plan est adossé au budget à long terme de l’UE (2021-2027), qui prévoit une dotation de 1 074 milliards d’euros, soit 154 milliards d’euros par an. Selon Bruno Le Maire, la France pourra disposer de 40 milliards d’euros de subventions dans le cadre du plan de relance européen (environ 40% de son plan national de relance qui est de 100 milliards d’euros sur deux ans). On devrait en savoir un peu plus ce soir à 20h (intervention d’Emmanuel Macron sur TF1) puis le 24 août, à l’issue du conseil des ministres de la rentrée. De toute façon, il reviendra aux parlements nationaux d’autoriser, avant la fin de l'année, la Commission à réaliser ce grand emprunt. Puis au Parlement européen d’approuver le budget européen de long terme. On est encore loin de la fin du spectacle !

Mais si rien ne vient enrayer cette « magie », quel en sera le coût pour la France ? Coût financier : en contrepartie des 40 milliards d’euros de subventions, la France devra en rembourser 85 en raison de la taille de son PIB dans la richesse européenne. Il va pleuvoir des taxes ! Mais surtout, coût politique : de l’avis général, c’est un pas important vers le fédéralisme qui a été franchi ce 21 juillet. Avec déjà pour conséquences, un budget de la PAC en baisse, et, paradoxe, un budget santé aux abonnés absents ! Pas sûr que nos enfants et petits-enfants, qui en supporteront toutes les conséquences financières et politiques, auront envie de célébrer en grande pompe cette date « historique » du 21 juillet 2020…


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