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Euro 2021 : Deschamps déchu ?

Par Louis Daufresne - Publié le 30 juin 2021

Après la gifle à Macron, voici la claque à Deschamps. À la joue droite (Montjoie ! à Tain), succède la joue gauche (Tristesse à Bucarest). Même les Belges font des blagues : « Frexit : la Suisse élimine la France aux tirs au but »

La Suisse ? Toute l’Europe est occupée. Toute ? Non. Car un pays peuplé d’irréductibles Helvètes résiste encore et toujours à l’envahisseur.

À la bataille de Grandson (mars 1476), le rêve de Charles le Téméraire se fracassa sur les hallebardes confédérées, et le duc de Bourgogne se vit dépouiller de son trésor. Le nôtre s’appelle Mbappé, moins habile devant les cages de Yann Sommer que Guillaume Tell visant la pomme. En un coup de crampon, le prodige – pressenti au Ballon d’or – tua son camp, brisa l’espoir et plomba son image. Les petits Suisses privent la France du doublé Mondial-Euro réussi en 1998-2000.

Depuis lundi soir, les superlatifs fusent. Ce match à 120 mn est « entré dans la légende », comme le RFA-France de Séville en 1982 : 3-3 après prolongation. Grâce à Giresse et Pogba, les Bleus menèrent chaque fois 3-1 et s’y crurent. Comme toujours, l’arrogance nous perdit. Un Suisse est à l’image de son pays : bosseur, collectif, humble, efficace. L’envers de la France ? Le foot parlerait-il ainsi aux nations, en parabole ?

« L'Euro, dit-on, a basculé dans l'irrationnel avec l'élimination des champions du monde et des vice-champions du monde. » Sans doute mais à une différence près : en 1982, la France tomba devant le molosse teuton. Quant à la Croatie, elle fut terrassée sur le fil par le taureau ibérique. Allemagne rime avec Espagne : ce sont deux grosses cylindrées du foot. Et la « Nati » (nom de l'équipe suisse) ? Elle a la réputation d’une pétrolette : sa victoire la qualifie pour la première fois en quarts de finale de l’Euro ! Nos starlettes fatiguées mirent deux genoux à terre face à une sélection trop modeste et plus très jeune, à l’image de l’auteur du 3e but contre les Bleus, notre Ceausescu, alias Mario Gravanović, 30 ans, attaquant du… Dinamo Zagreb. Connaissez-vous le plus beau titre du club croate ? La défunte Coupe des villes de foires (sic !) en 1967. Ça ne s'invente pas.

Ce fut un lundi noir pour « DD », sa pire performance depuis sa prise de fonctions en 2012. Pour l’heure, le sélectionneur reste sous contrat jusqu’au Mondial-2022 prévu au Qatar... dans dix-sept mois. Deschamps écarte tout départ anticipé. Quand beIN Sports lui donne rendez-vous en septembre pour la suite des qualifications, il répond à l'AFP : « Oui, c'est prévu. » Pourtant, l’indéboulonnable Noël Le Graët, avait fixé l'objectif : les demi-finales, comme à chaque compétition. Le président de la Fédération française de football (FFF) a 79 ans. Il « ne pense pas » que cette élimination prématurée compromette l'avenir de son chef d'équipe, alors que les rumeurs ressurgissent autour de Zinedine Zidane. Zizou est prétendant déclaré au poste et libre depuis son départ du Real Madrid en mai. Néanmoins, « avec Didier, on s'est donné une semaine pour réfléchir et se revoir », nuança le Breton dans les colonnes du Figaro.

Que reproche-t-on à Didier Deschamps ?

1. D’avoir renié ses principes. Adepte de la défense et du contrôle permanent, DD choisit de tout construire autour du trident d'attaque Griezmann-Mbappé-Benzema, alors que ses précédents succès tenaient à sa base arrière. En Russie, les Bleus gagnèrent le Mondial-2018 grâce à leur défense ; ils viennent de perdre l'Euro à cause d'elle. Il osa un schéma à trois défenseurs centraux avec Clément Lenglet. En cédant sur le premier but, le défenseur du FC Barcelone rendit fébriles ses voisins Presnel Kimpembe et Raphaël Varane.

2. D’avoir verrouillé son écurie. Le rappel tardif et forcément médiatisé de Karim Benzema, meilleur attaquant du tournoi (4 buts), chassa toute concurrence, malgré un banc de touche en or. Ousmane Dembélé et Olivier Giroud, buteurs dans les matches de rodage, ne jouèrent presque pas. Quant à Kingsley Coman, il n'eut le temps d'envoyer qu'un joli missile sur la transversale à la 90e mn. Certes, contre la Suisse, le trio offensif produisit le déclic espéré. Mais ce fut trop tard et trop peu. L'éternel manque de préparation française...

3. D’avoir perdu la main. DD voulut responsabiliser les joueurs. « Liberté » fut son maître-mot, tant pour les trois attaquants, autorisés à permuter sans cesse, que pour les milieux de terrain. Certains signaux accréditent la thèse de la « République des joueurs », notamment dans le choix du système tactique à trois défenseurs centraux, une option catastrophique après coup.

La carrière d’entraîneur de Didier Deschamps est jalonnée de succès : à Monaco, à la Juventus de Turin, à Marseille et avec les Bleus. Sur le banc tricolore, la pente fut ascendante dès le Mondial-2014 – conclu en quarts face aux futurs champions du monde allemands. Après la finale perdue de l'Euro-2016, il atteignit les cimes dans les plaines de Russie.

Mais cette fois, la Suisse fut digne de ses sommets.


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