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Société

La synthèse

Et maintenant, des raids de Tchétchènes à Dijon !

Par Philippe Oswald - Publié le 16 juin 2020

En pleine explosion communautariste avec l’affaire Traoré, trois nuits d’affrontements entre Tchétchènes et Maghrébins à Dijon donnent de nouvelles images saisissantes de la décomposition de la société française et de l’impuissance des autorités. Vendredi soir, 12 juin, puis de nouveau dans les soirées de samedi et dimanche, des centaines de Tchétchènes, venus de France, de Belgique et d’Allemagne ont convergé vers Dijon pour venger l’agression d’un des leurs, un jeune de 16 ans par des dealers locaux. Commencées au cœur de Dijon, place de la République (l’une des cibles était un bar à narguilé), ces expéditions punitives ont été menées principalement avec des barres de fer, des battes de baseball et des couteaux, mais elles ont aussi vu sortir des armes de guerre de type Kalachnikov dans le quartier des Grésilles, connu pour son trafic de drogue, où une fusillade a éclaté. Rien n’a manqué au spectacle relayé comme de coutume par des vidéos, y compris la charge de la voiture d’un « défenseur » qui a fait un tonneau et dont le chauffeur a été grièvement blessé. Les combats ont fait au moins une dizaine de blessés, dont un par balles, le gérant d'une pizzeria, évacué dans un état grave au CHU de Dijon. Lundi 15 juin, des dizaines de personnes cagoulées originaires du quartier se sont de nouveau rassemblées dans le quartier des Grésilles en fin de journée. Armées de barres de fer et d'armes de poing, certaines ont tiré en l'air, détruit les caméras de vidéo-protection, incendié poubelles et véhicules. Une équipe de journalistes de France 3 « a été prise à partie et son véhicule caillassé » tandis qu’un conducteur était « agressé et son véhicule projeté contre une barricade enflammée », selon la préfecture de Côte-d’Or.

Une demi-section de CRS et des renforts de la brigade anticriminalité étaient sur place dimanche 14 juin, soit deux jours après le début de ces affrontements stupéfiants, dans tous les sens du terme. Plus d’une centaine de membres des forces de l’ordre ont été dépêchés en renfort lundi 15 juin : 60 gendarmes mobiles, une quarantaine de CRS et des membres de la brigade anticriminalité (BAC), ainsi que du RAID équipés pour tenir tête à une centaine d’émeutiers. Le procureur de Dijon a annoncé l’ouverture d’une enquête, « pour tentative de meurtre en bande organisée, dégradations, incitation à la violence ». Alors que les trois épisodes précédents ne s’étaient soldés par aucune interpellation, quatre personnes appartenant aux « défenseurs » ont été interpellées, selon la préfecture… Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a jugé « inadmissibles » les « violents troubles à l'ordre public et les actes d'intimidation » de ces derniers jours, promettant « une réponse ferme ».

Les Tchétchènes ne sont pas du genre à se laisser impressionner, ni par la population maghrébine, ni par les forces de l’ordre, ni par les propos martiaux du ministre Castaner, ni par la justice sous la houlette de madame Belloubet… Leur combativité avait déjà fasciné Léon Tolstoï qui, au printemps 1851, avait rejoint son frère militaire engagé dans la conquête de la Tchétchénie musulmane par le tsar Nicolas Ier. L’écrivain en avait tiré un récit mi-reportage, mi-romancé, que l’auteur de « Guerre et Paix » devait remanier et enrichir pendant plus de cinquante ans, tant ce peuple guerrier l’avait fasciné. De nos jours, les atroces guerres civiles qui ont ravagé la Tchétchénie en 1994-1996 puis en 1999-2000 n’ont pas été éteintes par la prise de Grozny, la capitale de la république, par les troupes russes le 6 février 2000. Depuis, le pays vit sous un régime de terreur marqué par des attentats, des exécutions extrajudiciaires et des procès contre les opposants. Fidèle au Kremlin, son président, Ramzan Kadyrov, est soupçonné d'avoir commandité de nombreux crimes, dont celui de la journaliste Anna Politkovskaya, le 7 octobre 2006, mais aussi des assassinats en Europe où ont afflué de nombreux réfugiés. Combien sont-ils en France ? Mystère puisque ceux qui sont répertoriés le sont en tant que citoyens russes et non comme tchétchènes. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) estime à « 15 000 environ » le nombre de réfugiés russes vivant en France dont beaucoup de Tchétchènes. Certains versent dans le terrorisme comme l’a montré l’attentat commis à Paris en mai 2018 par Khamzat Azimov, 20 ans, Français d'origine tchétchène, qui avait tué un passant et en avait blessé quatre autres à coups de couteau. Le spectaculaire règlement de compte qui vient d’enflammer Dijon rappelle que ces réfugiés comptent aussi dans leurs rangs des « barons » de la drogue bien décidés à ravir le magot aux caïds maghrébins sur l’ensemble du territoire : d’où des combats à Troyes en avril, à Rouen en mai, à Nice depuis des années. Dans cette ville, dimanche 14 juin, de violents affrontements en lien avec ceux de Dijon ont fait trois blessés, dont deux d’origine tchétchène, dans le quartier « sensible » des Liserons. Six suspects ont été interpellés.


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