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International

La synthèse

Entre la Turquie et la Grèce, il y a de l’eau dans le gaz !

Par Philippe Oswald - Publié le 15 août 2020

La tension monte entre la Turquie et la Grèce soutenue par la France. Vendredi 14 août, le ministre turc des affaires étrangères a proféré de nouvelles menaces contre la Grèce, et a accusé la France de se conduire « en caïd » en Méditerranée orientale. Paris a en effet répondu à l’appel des Grecs à la solidarité européenne en envoyant deux navires de guerre et deux chasseurs-bombardiers Rafale pour participer à un exercice naval près d’une zone maritime grecque revendiquée par les Turcs, au sud de l'île de Kastellorizo, située à deux km des côtes turques. Il s’agit d’« affirmer l'attachement de la France à la libre circulation, à la sécurité de la navigation maritime en Méditerranée et au respect du droit international », a indiqué le ministère des Armées.

La Turquie convoite de grands gisements de gaz naturel découverts ces dernières décennies en Méditerranée orientale. Considérant que le nord de l’île de Chypre lui appartient depuis qu’elle l’a conquis militairement en 1974, la Turquie estime qu’elle a le droit d’explorer les eaux territoriales qui en dépendent. Elle n'a pas signé la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui définit juridiquement les différents espaces maritimes. En revanche, tirant profit de son assistance militaire au gouvernement libyen d'union nationale à Tripoli, Ankara a conclu avec lui en novembre 2019 un accord définissant les frontières maritimes bilatérales qui empiète sur les eaux territoriales grecques et chypriotes et qui est rejeté par la plupart des pays de la région. En réplique à Ankara, Athènes a conclu le 6 août un accord similaire avec l'Egypte, qui a mis en fureur le gouvernement turc et l’a incité à une nouvelle provocation. Sous prétexte de vérifier l’existence d'une réserve d'hydrocarbures qui pourrait s'étendre jusqu'en Crète, le président turc Recep Tayyip Erdogan a envoyé le 10 août un navire de recherche sismique, escorté par des bâtiments militaires, dans les eaux de l'île de Kastellorizo attribuées à la Grèce. De quoi pourrir un peu plus le climat international exécrable créé par les interventions belliqueuses des Turcs en Syrie et en Libye.

Ankara table sur l’isolement de la France, timidement soutenue par l’Union Européenne, Allemagne en tête, et par les Etats-Unis qui ne semblent pas encore résolus à se passer de la Turquie au sein de l’OTAN. Toutefois, le vent est peut-être en train de tourner. Évoquant une situation « extrêmement préoccupante », la Commission européenne a fait part de sa solidarité totale avec la Grèce et Chypre. Et Emmanuel Macron a assuré hier, 14 août, que ses vues sur la situation en Méditerranée orientale et en Libye étaient « convergentes » avec celles de Donald Trump et du prince héritier d'Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed. En outre, dans cette affaire, la Grèce a pour alliés non seulement Chypre, mais Israël et l'Egypte. Au-delà de la question des hydrocarbures – dont l’exploitation en Méditerranée reste de toute façon problématique –, cette crise est une nouvelle manifestation de la volonté de puissance de l'État turc. Le sujet sera à l’ordre du jour le 20 août, lors de la rencontre de la chancelière Angela Merkel avec Emmanuel Macron au fort de Brégançon.


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