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Société

La synthèse

En Marche ? Vraiment ?

Par Louis Daufresne - Publié le 15 juillet 2019

SNCF ? Service Nul Colère et Foutoir : railler le rail est un sport prisé par les râleurs gaulois et les errements épiques de l’EPIC sont devenus proverbiaux. Mais il y a de quoi ! Files d'attente aux guichets quand ils existent encore, tarifications illisibles : en ce début d’été, on dirait que la SNCF déteste les voyageurs.

La polémique est née d’une campagne de la CFDT-Cheminots sur le temps d'attente dans plusieurs grandes gares. Résultat : jusqu'à 1 heure 35 à Montparnasse ! « En raison de l'affluence », achats et échanges de billets ne sont possibles que pour un voyage le jour même ou sur rendez-vous ! C’est à se demander si le programme Apollo pour aller sur la Lune ne serait pas plus accessible… « Les personnes âgées sont démunies. J'en ai vu pleurer », témoignait un agent d'accueil.

Depuis des mois, les syndicats protestent contre les suppressions d'effectifs de vente, les fermetures de guichets en gare et de boutiques en ville. « Ces dernières semaines, nous avons été quelque peu débordés dans les très grandes gares parisiennes », explique Guillaume Pépy, inamovible patron de la compagnie. Débordés ? « Á la fois parce qu'il y a plus de monde que prévu, dit-il, et ensuite parce qu'après la canicule, après les orages, beaucoup de nos clients sont venus au guichet pour échanger leurs titres, pour modifier leurs demandes ou pour se faire rembourser ». Si le temps s’en mêle, alors…

Bien que huit billets sur dix soient désormais achetés en ligne, un guichet est toujours nécessaire pour payer en espèces ou en chèques vacances, ou tout simplement pour être bien conseillé. Nid de polytechniciens, la SNCF combine un savoir-faire mondialement réputé et un savoir-être universellement décrié. « La SNCF ne fait pas tout pour que l'usager ait envie de prendre le train », affirme Bruno Gazeau, le président de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut).

L’opacité des tarifs est l’un des nœuds du ferroviaire. Avec la liberté tarifaire, les régions n'acceptent pas toutes les nouvelles cartes de réduction de la SNCF sur leurs TER (qui comprennent désormais un certain nombre de grandes lignes, vers la Normandie, la Picardie ou le Val-de-Loire), alors que les réductions s'appliquent théoriquement pour les billets en correspondance avec des TGV et Intercités. Conséquence : un aller ne coûte plus forcément le même prix qu'un retour, pour peu qu'on franchisse une frontière régionale. Allez comprendre…

Quant au TGV, il fait toujours polémique, cartes de réduction ou pas. Officiellement, le prix moyen des trains à grande vitesse français a baissé de 6 % ces cinq dernières années. Mais « cette baisse est d'abord due au TGV Ouigo qui ne dessert que les grandes relations radiales », observe la Fnaut qui ajoute : « Le yield management (la fixation des prix en fonction de la demande) est poussé à son extrême, avec une baisse de quelques prix faibles accompagnée d'une forte augmentation des prix les plus élevés ». Peu importe que nul n’arrive à démêler l'écheveau de la tarification SNCF. L’opacité n’empêche apparemment pas de prendre le train car la fréquentation est en forte hausse cette année, de 5 à 6 %, selon Guillaume Pepy.

Dans un petit essai très juste (la Nostalgie des buffets de gare, Payot & Rivages, 2015), Benoît Duteurtre déplore l’alignement du train sur l’avion. Le rail, en transportant facilement et simplement les hommes, à quelque territoire qu’ils appartinssent, fluidifiait et unifiait la société autour de l’idée de progrès et de mobilité. Le passage de l’usager au client, d’une culture latine à des process anglo-saxons, enterre toujours plus l’idée du romantisme ferroviaire. Le paysage défile trop vite pour que la nature émerveille le regard. La profusion d’écrans personnels fait ressembler une voiture TGV à l’open space de n’importe quelle société anonyme. Même en voyage, les hommes pressés répliquent les coutumes moutonnières du boulot. Naguère, dans les films en noir et blanc, on voyait un homme élégant courir derrière un train qui venait de partir. Comme un danseur monté sur ressort, il parvenait à sauter au bon moment pour s’y agripper de justesse. On attrapait la vie comme on prend d’assaut un train en marche. En marche ? Vraiment ? Aujourd’hui, on poireaute devant un automate.


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