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Islam

La synthèse

Elisabeth Badinter : « C’est allé trop loin »

Par Louis Daufresne - Publié le 21 octobre 2020

En juin dernier, Élisabeth Badinter s’émouvait dans L’Express de « l’état de tension et de hargne » régnant dans notre pays (LSDJ n°995). Après le crime de Conflans, la philosophe donne une nouvelle interview à l’hebdomadaire. Si nous la citons encore, c’est que seule une figure de gauche est habilitée à parler de la gauche, ce qui lui permet d’identifier ce qui ne va pas dans un État profond où son extrême est surreprésentée. Depuis quelques jours, toutes les voix de droite font assaut de propositions plus ou moins similaires. Le ton est martial mais un rien surjoué et opportuniste. Quand Marine Le Pen réclame une « législation de guerre », Damien Abad (LR) surenchérit : il faut « aller plus loin et plus vite » dit-il au Parisien, car « cet attentat (…) n'est pas un acte de séparatisme, c'est une déclaration de guerre ». Toutes les idées y passent, même les plus anodines comme une épreuve sur la laïcité au brevet, un service national pour les jeunes de 4 à 6 mois, ou encore un numéro vert pour les enseignants afin qu'ils puissent « signaler toutes les atteintes à la laïcité ». Le maire de Nice Christian Estrosi suggère même que les policiers deviennent des « référents laïcité » dans les écoles...  Bref, il s’agit plus d’une rhétorique guerrière que d’un plan de bataille sérieux.

Néanmoins, si la droite sort sa matraque verbale, il y a une raison : c’est pour détourner les regards du cyberislamisme, pourtant central dans cette affaire. Son attachement indéfectible à la liberté d’expression lui fait craindre un retour de la loi Avia contre la haine en ligne. Le Conseil constitutionnel avait censurée ce texte en juin et la droite avait refusé de le voter. Or, Laetitia Avia, députée LREM, prépare de nouvelles mesures et la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa vient de convoquer les patrons des branches françaises de Facebook, Twitter, Youtube, Tiktok et Snapchat.

La droite n’est pas la seule à parler de « guerre ». Élisabeth Badinter le fait aussi mais identifie l’adversaire avec plus d’intelligence. Elle s'arme d'un concept, celui d’ « extrême-gauche élargie ». L'expression est un oxymore, sauf à considérer que des rouages de l’État sont actionnés par une minorité d’activistes. Pourquoi la droite n’en parle pas ? Parce qu’elle s’est toujours employée à les laisser en place quand elle était aux affaires. Pour la philosophe, on va arriver à un point de rupture entre ce militantisme-là et « l'immense majorité de la population française [qui] n'en peut plus ». (…) « Les voix pourraient s'élever en plus grand nombre contre l'islamisme. Mais – et tout est dans le mais –, il y a toujours cette extrême gauche "élargie" qui (…) déboussole les gens, les intimide, en insinuant que leur rejet légitime de l'intégrisme serait en réalité suspect ».

Qu’est-ce à dire ? Que la solution n’est en premier lieu ni sécuritaire, ni judiciaire. Les forces de l’ordre liquident les terroristes sur place, au lieu de les neutraliser pour les faire juger, ce qui revient à rétablir la peine de mort, sans tribunal ni verdict. Nul ne s’en émeut, pas même l’épouse de Robert Badinter. L’État peut vaincre l'adversaire islamiste mais il ne pourra jamais le faire s’il n'ouvre pas un front présent en son sein, s'il ne cible pas un pouvoir installé dans les institutions républicaines et démocratiques. L’extrême-gauche élargie est présente à tous les étages de l’appareil administratif, médiatique, culturel, à l’école comme à l’université, « où des clusters, écrit-elle[développent] une argumentation victimaire ». Élisabeth Badinter vise les insoumis déjà soumis au camp islamiste. C'est cette mouvance qui accorde le droit d'asile à un terroriste tchétchène et le refuse à des réfugiés iraniens convertis au christianisme. L’extrême-gauche élargie fait entrer qui elle veut. Expulser des barbus est spectaculaire, agir sur leurs relais est prioritaire. C'est du moins ce que l'on peut déduire de ses propos.


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