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Politique

La synthèse

Elections régionales : un scrutin qui n’apaisera pas les Français

Par Philippe Oswald - Publié le 22 juin 2021

Les élections ont généralement une fonction de catharsis. Surtout les élections locales (municipales, départementales, régionales) aux enjeux limités : on y envoie traditionnellement un message sous forme de vote sanction au pouvoir en place. Dimanche dernier, il y a bien eu un message, et particulièrement tonitruant, envoyé non seulement au Président et à sa majorité mais à toute la classe politique : c’est l’abstention record. 67%, deux électeurs sur trois, du jamais vu ! Les abstentionnistes sont de loin le premier parti de France. Même si elle se réduisait un peu dimanche prochain, au second tour, une telle désaffection pour les urnes devrait inciter les vainqueurs à mettre en sourdine leurs chants de victoire.

Dans le camp présidentiel de la République en Marche, nul besoin d’attendre le second tour pour tirer la conclusion : la déconfiture est totale. Pire que ne le laissaient augurer les pronostics les plus sombres. La plupart des candidats macronistes sont d’ores et déjà disqualifiés, ministres en tête, pas moins d’une quinzaine ! Le pis-aller tenté par Macron pour en faire, à défaut de vainqueurs, des alliés indispensables pour l’emporter, a totalement échoué. Si leur candidature a servi à quelque chose, c’est de repoussoir. Hors de l’Assemblée, LREM est un parti fantôme : 10% des suffrages au niveau national (mais en réalité 3,6% des électeurs vu le taux d’abstention, selon les calculs d’Olivier Barrat dans Boulevard Voltaire, cf. article en lien ci-dessous) ! Quant à Marine Le Pen, l’adversaire privilégiée d’Emmanuel Macron pour la présidentielle depuis celle de 2017, elle connaît elle aussi un échec cuisant, infligé par ses propres partisans qui se sont massivement abstenus. Loin de percer en s’emparant de plusieurs régions, le Rassemblement National n’est pas assuré de s’imposer dans la seule où il est arrivé en tête, Provence-Alpes-Côte d’Azur avec Thierry Mariani (dont le bon score au premier tour signe toutefois un autre échec de la tactique présidentielle de l’alliance avec le LR Renaud Muselier : si celui-ci devait l’emporter au second tout, ce sera grâce au retrait de la gauche, non au renfort des macronistes). Le scénario idéal pour le président de la République d’un nouvel affrontement avec la présidente du Rassemblement national devient nettement moins évident… et encore plus démobilisateur pour les Français qui ne veulent pas rejouer en 2022 le match de 2017.

La droite « classique » voit avec satisfaction ses présidents de régions LR ou issus des Républicains quasiment sûrs de l’emporter sans avoir besoin des candidats LREM. Mais elle aurait tort de triompher. Certes, les scores de Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes et de Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, sont spectaculaires à l’issue du premier tour. Mais selon les enquêtes, ceux qui se sont déplacés pour voter et les ont placés en tête, eux et Valérie Pécresse en Ile-de-France, voire aussi le RN Thierry Mariani en région Paca, sont principalement les anciens électeurs de François Fillon. Des citoyens tout à fait respectables, d’une fidélité exemplaire à accomplir leur devoir électoral, mais qui sont loin de représenter la majorité des Français. Quant à la gauche éparpillée façon puzzle, elle ne survit que grâce à l’implantation locale de certains notables, comme le socialiste Alain Rousset en Nouvelle Aquitaine, en bonne position pour entreprendre un cinquième mandat… Dans ce marasme à gauche (dans lequel s’évanouit La France Insoumise), les Verts se distinguent en franchissant la barre des 10% dans beaucoup de régions où ils se présentaient seuls. Au vu des prises de positions récentes de leurs élus (à Lyon, Bordeaux, Grenoble…), ce score honorable (quoique fort modeste : 4,47% de la totalité des électeurs selon Olivier Barrat) n’est pas une bonne nouvelle pour la France. Comptons toutefois sur le génie de ces Verts « pastèques » (verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur) pour retourner à leurs divisions d’ici peu…

La conclusion qu’on peut tirer des résultats de ce premier tour ne risque pas, malheureusement, d’être obsolète à l’issue du second tour, dimanche prochain : c’est le profond désenchantement des Français pour la politique, ou plutôt pour ceux qui l’incarnent et leurs partis. Tous les autres motifs invoqués : méconnaissance des enjeux des élections départementales et régionales, déconfinement, météo…n’expliquent pas une telle dégringolade (aux régionales de 2015, l’abstention n’était « que » de 50%). Mais méfions-nous de l’eau qui dort : faute de s’exprimer dans les urnes, la frustration pourrait exploser demain dans la rue, dressant les Français contre le gouvernement, tels les Gilets jaunes, ou pire encore, les uns contre les autres, selon l’avertissement réitéré de nombreux observateurs, dont des dizaines d’officiers supérieurs.


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