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Ecologie

La synthèse

D’où sortent les 150 propositions de la Convention citoyenne pour le climat ?

Par Philippe Oswald - Publié le 23 juin 2020

Au bout de neuf mois de travaux, la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) a rendu au ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, 150 propositions pour lutter contre le réchauffement climatique. Certaines pourraient déboucher sur un référendum. Emmanuel Macron doit recevoir le 29 juin, les participants pour leur apporter ses « premières réponses ».

Dans le « nouveau monde » que veut incarner Emmanuel Macron, les élus pèsent de moins en moins lourd. Certains d’entre eux ont certes largement contribué à cette légèreté par des comportements inappropriés à leur fonction et que, souvent, la morale réprouve. Faut-il pour autant leur confisquer le pouvoir pour le confier à des juges, à des experts ou à des militants sans mandat électif ? Le tirage au sort dont sont issus les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat est un procédé primitif, et aisément manipulable. Sur un sujet aussi passionnel que l’écologie, la représentativité de ces 150 citoyens est d’autant plus douteuse que leur tirage au sort n’était pas assorti de l’obligation de siéger imposée aux jurés d’un procès d’assises. Seuls les plus motivés par l’écologie se seront astreints à devenir des « conventionnels » du climat. À en juger par ce qui émerge de ces 150 propositions, des « ayatollahs verts » ont mené les débats, loin du « sentiment général des gens » que la CCC prétend refléter.

C’est en réponse à la crise des Gilets jaunes que le président de la République a lancé la Convention citoyenne pour le climat. Or, et ce n’est pas le moindre paradoxe, il y a fort à parier que les citoyens qui ont revêtu un gilet jaune pour manifester durant des mois n’auront aucun goût pour le menu concocté par cette Convention. Par exemple, alors que la limitation de la vitesse à 80 km/heure sur les routes sans séparateur central avait déclenché leur insurrection, que pensent les Gilets jaunes de la proposition de ces « conventionnels » de limiter la vitesse sur autoroute à 110 km/heure pour « sauver la planète » ? Qu’en pensent d’ailleurs les automobilistes, avec ou sans gilet ? La pétition de 40 millions d’automobilistes « Non au 110 km/h sur autoroute ! » a déjà recueilli près de 600 000 signatures depuis le weekend dernier.

Économiquement, socialement, philosophiquement, les principales propositions de la CCC ne tiennent pas la route : mutisme sur le prix du carbone et sur le rôle essentiel du nucléaire pour promouvoir une économie dé-carbonée ; impasse sur les progrès techniques permettant des innovations réellement écologiques ; silence sur les conséquences fiscales et sur le pouvoir d’achat des mesures proposées… Mais en revanche, promotion d’une décroissance à-tout-va, malthusienne (produire moins, travailler moins, consommer moins) assortie d’un « baume » démagogique (sans perte de salaire !) qui ne devrait guère faire illusion aux gens tant soit peu raisonnables. Les « 150 » n’ont calé que devant une mesure trop visiblement provocatrice : la réduction du temps de travail à quatre jours (28 heures) par semaine ! Reste l’arrière-goût amer d’une écologie punitive dont le « crime d’écocide » (sic), sans doute plus grave qu’un génocide pour la nouvelle religion verte, serait la clé de voûte judiciaire. Brrr ! Des propositions de loi pour l'introduction de l’« écocide » dans le droit pénal français ont été rejetées cette année au Sénat et à l'Assemblée nationale, mais ces « conventionnels » non élus l’ignorent ou n’en ont cure.

Quand le vin est tiré, il faut le boire ! Mais le président de la République devra se surpasser dans l’art du « en même temps » pour sélectionner les propositions les moins déraisonnables sans se mettre à dos les écolos, ni l’ensemble des citoyens mobilisés par la triple crise, sanitaire, économique et sociale, que traverse le pays. Reste enfin la perplexité des constitutionnalistes devant la perspective d’un « référendum à choix multiples » auquel seraient soumises les propositions retenues par le Président. C’est à leurs yeux un OCNI : un objet constitutionnellement non identifié.


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