La Sélection du jour | Des vaccins halal contre la COVID-19 (n°1154)
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Santé

La synthèse

Des vaccins halal contre la COVID-19

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 24 décembre 2020

En Octobre dernier, un avion en provenance d’Indonésie atterrissait en Chine avec à son bord des diplomates en charge de négocier des achats de millions de doses de vaccins contre la Covid-19 auprès de Sinovac Biotech, l’un des principaux laboratoires chinois. Plus surprenant : les diplomates étaient accompagnés de religieux musulmans dont l’objectif était d’inspecter le site de production. Si de nombreuses questions sont posées dans les pays occidentaux concernant les nouveaux vaccins sortis en un temps record, un écueil plus important se dresse pour le monde musulman : est-il permis de se faire injecter un produit contenant de la gélatine issue de produits porcins ? D’où cette visite conjointe de diplomates et religieux indonésiens dans l’usine chinoise, car le « label halal » est très strict et implique de valider toutes les étapes de production en plus des ingrédients…

Il s’agit d’un problème très sérieux pour de nombreux pays, au premier rang desquels l’Indonésie, premier pays musulman au monde (225 millions d’habitants dont plus de 87% sont musulmans), alors que le virus continue de circuler. La gélatine issue du porc est largement utilisée dans la fabrication de vaccins comme un stabilisant qui permet une conservation optimale pendant le stockage et le transport. Jusqu’à récemment, les autorités religieuses musulmanes (comme juives orthodoxes d’ailleurs) n’en faisaient pas un problème en partant du principe que le bénéfice était suffisant pour accepter qu’un produit dérivé « haram – impur » soit présent dans un médicament. Certains religieux insistaient même sur le fait qu’une injection ne pouvait être comparée à la consommation de porc, sachant que le stabilisant résultait d’une transformation radicale. Mais en 2018, le conseil des oulémas indonésiens (en charge de la certification halal) déclara que les vaccins contre la rougeole et la rubéole devaient être prohibés. La conséquence fut dramatique : les parents suivirent largement les prédicateurs, et une forte augmentation des cas fit de l’Indonésie le 3ème pays au monde en taux de rougeole. Les autorités religieuses, poussées par l’État, revinrent sur leur décision, mais le mal était fait.

L’inquiétude gagne les gouvernements des pays musulmans d’Asie car la vaccination de vaccins fondamentaux (rougeole, rubéole, polio) y a subi une baisse notable. La Malaisie, le Pakistan imposent des amendes voire des peines de prison (dans le cas de la polio) pour les parents refusant de faire vacciner leurs enfants. Qu’en sera-t-il pour le vaccin anti-COVID ? Le président indonésien Joko Widodo est intervenu pour demander d’inclure les autorités religieuses dès la préparation de la campagne de vaccination, d’où le voyage en Chine. Il s’agit d’exercer une pression maximale pour obtenir des vaccins certifiés « halal ». D’autres pays avec de fortes populations islamiques vont se fournir auprès d’un des grands laboratoires chinois : le Pakistan chez CanSino Biologics et le Banglash chez Sinovac Biotech. Les vaccins chinois ne sont pas encore sortis de la phase d’essai, donc la variante « sans porc » n’est pas la priorité. Il y a un surcoût à prendre en considération pour ces sociétés dont l’ambition est de servir le marché mondial…

Les grands fournisseurs des pays occidentaux Pfizer, Moderna et AstraZeneca ont déclaré que leurs vaccins ne contenaient aucun dérivé porcin, remplacé par une gélatine d’origine végétale. Etonnamment, cette information n’a pas été diffusée dans leurs principaux marchés… Ces vaccins ne sont pas des solutions pour les pays d’Asie du Sud Est car l’offre est déjà largement réservée par les pays occidentaux et les engagements pris avec d’autres fournisseurs sont lourds de conséquences financières.

On peut donc craindre que le combat contre ce nouveau virus soit compliqué par la montée de l’Islamisme en Asie du Sud-Est. Au-delà de la gestion de l’épidémie, cette situation met en lumière que le radicalisme musulman a vu son centre de gravité se déplacer vers l’Est. Il devient de plus en plus difficile pour les gouvernements locaux d’exercer le pouvoir sans le partager avec les autorités religieuses, avec des conséquences évidentes pour les minorités toujours plus marginalisées.

Un autre point attire l’attention : comme mentionné plus haut, les trois grands fournisseurs occidentaux assurent que leurs vaccins ne contiennent pas de gélatine de porc… Mais la substance de remplacement est-elle aussi efficace ? Il semble qu’elle le soit moins en termes de préservation. Cela induit-il aussi un coût plus élevé ? Si cette substitution n’apporte pas de bénéfices clairs, on peut s’interroger sur la légitimité de ces firmes majeures à produire un vaccin halal… pour tous ! Plus que jamais la transparence est de mise !


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