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Politique

La synthèse

Déconfinement : les annonces de Castex soulèvent des tempêtes

Par Philippe Oswald - Publié le 26 novembre 2020

Inconscience ou provocation ? Ce matin du 26 novembre, la conférence de presse du premier ministre Jean Castex, destinée à préciser les modalités d’un déconfinement progressif annoncé par Emmanuel Macron l’avant-veille, a enflammé les réseaux sociaux. Restaurants, stations de ski, messes… autant de sujets brûlants sur lesquels le premier ministre a jeté un liquide enflammé, benoîtement, en guise d’eau bénite républicaine…

Il s’agissait de fixer un calendrier et un protocole sanitaire pour revenir à une vie moins contrainte d’ici Noël. Bonne nouvelle pour les commerces, les librairies ou les disquaires : avec néanmoins une jauge qui passe de 4m2 par client à 8m2, ils seront autorisés à reprendre leur activité samedi prochain, 28 novembre, selon des horaires étendus jusqu’au couvre-feu de 21 heures. Les grandes surfaces pourront quant à elles rouvrir les rayons de produits « non-essentiels » dont la liste ubuesque avait fait rire la France entière (exemple dans cette annonce vengeresse affichée par Monoprix : « Les vêtements d’enfants jusqu’à 3 ans sont à nouveau essentiels. Les autres sont priés d’arrêter de grandir »). Il faudra patienter jusqu’au 15 décembre pour fréquenter à nouveau musées, cinémas et théâtres. C’est pire pour les salles de sport et les restaurants, contraints de rester fermés jusqu'au 20 janvier (cf. ce cri de rage et de désespoir d’un restaurateur sur Cnews : « Pourquoi on attraperait des maladies dans nos restaurants alors qu’on ne les attrape pas dans leurs putains de cantines ?! »). Quant aux stations de ski, elles sont autorisées, certes, à accueillir des vacanciers mais… sans les remontées mécaniques ! Il sera donc possible de s’y rendre pendant les vacances, mais « toutes les remontées mécaniques et équipements collectifs seront fermés ». Aller à la montagne sans pouvoir skier, une telle annonce confine au sadisme ! Le président des Domaines skiables de France, opérateurs des remontées mécaniques des 250 stations de ski françaises, se dit « atterré ». « C'est une aberration car c'est une activité de plein air ! », a réagi auprès de l'AFP son président Alexandre Maulin. « Tout notre travail [de prévention] a été balayé d'un revers de main » a-t-il déploré.

Même déception et même amertume chez les catholiques, évêques en tête, qui ont la conviction d’avoir été « menés en bateau » par l’exécutif. Castex a en effet confirmé la limite d'accueil de 30 personnes pour la participation aux messes des fidèles. Cette limite à 30 personnes, quelle que soit la taille de l’édifice, annoncée mardi soir par le président de la République, avait fait réagir aussitôt l’épiscopat. Le président de la Conférence épiscopale, Mgr de Moulins-Beaufort avait jugé cette mesure « irréaliste et inapplicable ». Emmanuel Macron l’avait appelé en promettant qu’une solution plus « réaliste » serait trouvée. Mais contrairement aux espérances données par le président de la République, le premier ministre a réitéré cette norme absurde, qui ne fait aucune différence entre la plus modeste chapelle et une basilique, et obligerait les pasteurs à choisir « les élus » au prix d’un tri fort peu évangélique ! Et ce au moins jusqu’au 15 décembre où cette règle stupidement draconienne pourra évoluer « progressivement en fonction de la situation sanitaire », selon Jean Castex. « Ce qui est étonnant, au-delà de la question des cultes, c'est le manquement à la parole donnée de la part du président de la République » a déclaré Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, sur Europe 1. « Bien que n'ayant fait que l'École Polytechnique (X77), écrit pour sa part dans un communiqué ce même jeudi Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, je pensais savoir faire une règle de trois et appliquer une présence proportionnelle à nos immenses églises. J'apprends qu'il n'en est rien. (…) La jauge de 30 personnes n'est pas une mesure sensée mais une précaution vexatoire. » « Je ferai moi-même recours auprès du Conseil d'État contre des mesures que j'estime disproportionnées », annonce l’archevêque de Strasbourg. « La confiance entre les catholiques et l’État a été rompue » constate Henri de Beauregard, avocat au barreau de Paris, dans un entretien au Figaro (en lien ci-dessous). Mais, ajoute-t-il, « paradoxalement, cette ultime humiliation pourrait rassembler les croyants. »

Pour Noël, le gouvernement consent à lever le couvre-feu les 24 et 31 décembre. Mais « cela ne veut pas dire que nous pourrons fêter Noël ou le Nouvel An comme les années précédentes », a averti le premier ministre. Il sera « impératif » de « limiter » le nombre de convives, suivant des « recommandations concrètes » qui devraient être apportées « avant les fêtes ». On tend le dos après les « perles » égrenées ce matin.


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