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Santé

La synthèse

COVID-19 : le cas suédois à la loupe

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 10 août 2021

Paradis libéral pour les uns, enfer viral pour les autres, la Suède cristallise les passions. Pour les « enfermistes », ce pays irresponsable a refusé tout confinement et continué à vivre comme si de rien n’était. Le résultat est un taux de contaminations parmi les plus hauts d’Europe. Haro donc sur le drakkar ! Mais il convient d’analyser la stratégie suédoise avec un champ focal plus large, explique Fraser Nelson pour The Spectator (voir en lien ci-dessous). En fait, les deux premières vagues épidémiques qui se sont abattues sur la Suède, comme ailleurs en Europe, se sont assagies. Et, si l’on accepte de regarder la situation dans sa globalité, on se rend compte que ce pays a réussi à limiter l’impact économique de la crise tout en protégeant la santé de ses citoyens et en préservant le tissu social (emploi et école). Prenons par exemple la chute des prises en charge pour le traitement du cancer. Elle a été beaucoup plus limitée qu’au Royaume-Uni où l’on peut craindre une bombe à retardement sanitaire. Les écoles sont restées ouvertes pour les élèves jusqu’à 17 ans, et une majorité de Suédois estiment que le refus du confinement a sauvé des vies en permettant aux personnes âgées dans les maisons de retraite d’être toujours visitées par leurs proches…

Regardons l’argument brandi par les supporters du confinement : le nombre de cas détectés. En effet, le nombre de cas cumulé par million d’habitants est parmi les plus élevés d’Europe. La Suède enregistre 107 281 cas contre 67 605 au Royaume-Uni ou 85 889 en France. Pas de mystère : le virus a circulé plus librement en Suède qu’ailleurs… Mais le nombre de décès dus à la COVID-19 en Suède est resté dans la moyenne régionale avec 1443 cas par million. Surtout, il est inférieur à ce qu’on observe dans les pays qui ont imposé des confinements stricts comme la France (1637), le Royaume-Uni (1888), ou encore l’Italie (2101). Anders Tegnell, l’épidémiologiste en chef suédois, est confiant dans le fait que le taux de mortalité va baisser grâce à une politique de vaccination ciblée. Pas question donc d’infliger plus de dommages sociaux et économiques à ses concitoyens puisque l’écart entre cas et décès devrait graduellement s’élargir…

Il n’est pas question de « laisser faire » pour le gouvernement suédois. Mais plutôt d’une stratégie de long-terme dans le but de limiter les dommages de la crise sanitaire sur la société suédoise. Bien entendu, l’argument économique est parlant – surtout pour un pays exportateur. La chute du PIB en 2020 n’a été que de 3% en Suède contre 10% au Royaume-Uni et 8% en France… Par ailleurs, l’effet d’une récession sur la santé publique est bien connu. Les Suédois devraient donc être en meilleure santé demain que leurs voisins confinés.

L’exemple suédois est donc gênant pour les prédicateurs du confinement. Pour l’invalider, on entend régulièrement l’argument de la comparaison avec les autres pays scandinaves. La Norvège et la Finlande montrent en effet les taux les plus faibles de contamination et de morbidité. Mais c’est ignorer que la Suède est beaucoup plus urbanisée que ses voisins. 88% des Suédois vivent en ville alors que les deux pays cités plus haut ont la densité de population la plus faible d’Europe. On connait, depuis la première vague épidémique, la vulnérabilité des populations urbaines. Seul le Danemark montre de meilleurs chiffres sanitaires que la Suède pour un impact sur le PIB limité à 3,3% en 2020 (0,5 point de plus qu’en Suède) et une urbanisation plus élevée. Mais la sociologie des deux voisins diffère largement aujourd’hui. La Suède est sensiblement plus exposée aux effets de la globalisation (par ex. l’immigration massive) que son voisin.

L’élément le plus important reste l’impact du confinement sur la santé publique. On ne dispose encore que d’une image du court-terme, celle de 2020, mais les chiffres publiés par l’Université d’Oxford sont parlants. On compare la mortalité des plus de 80 ans de 2020 par rapport à la moyenne entre 2015 et 2019. La Suède n’affiche qu’une surmortalité de 1,5% contre 6,7% en France et 10,5% en Angleterre.

Le cas suédois est déjà très instructif. Il contredit la théorie entendue dans les pays confinés : « Seul un confinement strict et mis en place tôt peut éteindre l’épidémie ». La Suède a fait un choix stratégique qui s’avère payant. Les Suédois ont mis en place des mesures ciblées pour limiter les dégâts sanitaires : interdiction des grands rassemblement, encouragement du travail à domicile. Pas question de criminaliser la vie de tous les jours…

Il est trop tôt pour affirmer que les autorités suédoises ont raison ou tort sur le long-terme car on ne dispose que de 18 mois de données. Mais les récents sondages sur la politique sanitaire suédoise feraient rêver bien des gouvernements : alors que la Suède montre un taux de contamination parmi les plus élevés d’Europe, 75% des Suédois approuvent la stratégie adoptée et mise en place par le gouvernement.


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