La Sélection du jour | Coronavirus : on n'en fait pas trop (n°905)
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Santé

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Coronavirus : on n'en fait pas trop

Par Louis Daufresne - Publié le 09 mars 2020

Apocalypse planétaire ou psychose infondée ? Vu les chiffres, la peur que suscite le coronavirus est sans commune mesure avec la menace qu’il représente. Encore faut-il distinguer la menace systémique du risque individuel. Sur ce second point, on sait que la mortalité augmente nettement avec l'âge. C'est ce que montre l'analyse la plus complète à ce jour, publiée le 17 février par les autorités chinoises, puis le 24 dans la revue médicale américaine Jama. Sur près de 45000 cas confirmés, le taux moyen de mortalité est de 2,3%. Mais aucun décès n'est à déplorer parmi les enfants de moins de 10 ans. Jusqu'à 39 ans, le taux de mortalité reste très bas (0,2%), puis passe à 0,4% chez les quadragénaires, 1,3% chez les 50-59 ans, 3,6% chez les 60-69 ans. Le pourcentage décolle chez les 70-79 ans (8%) et les plus de 80 ans (14,8%), ce qui explique que des EHPAD suspendent le droit de visite. Aucune de ces données n’est surprenante. D’ailleurs, « quand quelqu'un de 85 ans meurt du coronavirus, ce n'est pas le coronavirus qui le tue », mais plus souvent « les complications qui atteignent des organes qui n'étaient pas en bon état », dit à l'AFP Michel Cymes, médecin et animateur TV. Et encore, tous les patients ne sont pas à risque. Pour le professeur Jean-Christophe Lucet, les plus exposés « ont des maladies cardiaques graves, des maladies respiratoires sévères, par exemple des bronchopneumathies chroniques obstructives (BPCO) avancées ». En clair, il n’existe pas de raison réelle et sérieuse de s’inquiéter. D’ailleurs, selon l'étude du 24 février, la maladie est bénigne dans 80,9% des cas !

Alors, pourquoi paniquer si le risque statistique d'en mourir est très faible ? « Arrêtez la psychose », écrit sur son blog Philippe Devos, intensiviste au CHC de Liège et président du syndicat de médecins belges Absym. Son analyse s'appelle : « Coronavirus : Armageddon ou foutaise ? », article lu 50000 fois en une semaine. « Nous n’allons pas tous mourir, lance-t-il : dans le pire scénario, 0,4 % des Belges mourront, en large majorité dans les plus de 80 ans. » 

Voilà pour le risque individuel.

Les choses se compliquent au niveau systémique : cette épidémie, poursuit-il, « est (…) 1,7 fois plus contagieuse que la grippe saisonnière. Or en Belgique, la grippe touche en moyenne 500 000 personnes par an. (…) On risque donc d’avoir 1,7 x 500000 = 850000 personnes infectées ». Le Dr Devos rapporte ce résultat à deux autres chiffres. Près de 20% des patients atteints ont besoin d'être hospitalisés : « 13,8% (…) ont une pneumonie nécessitant de l’oxygène (...) et 6,1% ont une pneumonie avec plusieurs organes défaillants (...) nécessitant [des] soins intensifs. » Faites le calcul : sur 850000 personnes, cela donne dans chaque catégorie 117000 et 52000. Et alors, me direz-vous ? La Belgique n’est pas en mesure de faire face à cette demande. Selon le Dr Devos, le pays ne dispose respectivement que de 30000 et de 1400 lits ! Appréciez l’écart… Le coronavirus est dangereux par ses effets moins sur la nature que sur les structures. À titre d’exemple, ajoute le médecin, « la mortalité du virus en Italie est de 2,6%. Elle monte à 3,9% dans les zones où les hôpitaux ont été saturés ». En clair, si on renvoie les patients chez eux pour se soigner, on aggrave mécaniquement l’épidémie. C‘est la spirale saturation-propagation, les deux se renforçant mutuellement.

Pourquoi ce médecin prend-il la peine de faire ces calculs ? Pour nous effrayer ? Pas le moins du monde. « Le but est de faire comprendre (…) qu’il fallait écouter les médecins et les autorités » puisque à ses yeux, le chiffre de 850000 ne sera pas atteint « grâce à notre action commune ». Autrement dit, les media et les politiques n’en font pas trop. Car, écrit-il, même avec des chiffres plus bas, le risque de saturation des hôpitaux persiste. » Les conséquences sont limpides : si les hôpitaux sont pleins avec du personnel réduit car lui-même en partie contaminé, on aura une augmentation du nombre de morts indirects, c'est-à-dire liés à d’autres maladies. On risquera de mourir d’autre chose car la pandémie monopolisera toutes les énergies et les structures disponibles.


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