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Santé

La synthèse

Contraception : la pilule, super perturbateur endocrinien

Par Philippe Oswald - Publié le 09 septembre 2017

Cinquante ans après sa commercialisation et alors que les Françaises l’ont utilisée massivement, la pilule contraceptive fait l’objet de graves accusations. Dans son essai "J’arrête la pilule", la journaliste Sabrina Debusquat, animatrice à Radio France, dresse un réquisitoire implacable contre ce symbole de la libération sexuelle. Ce n’est pas la première fois que des femmes se plaignent des diverses servitudes auxquelles l’usage de la pilule les contraint. Qui plus est, le scandale des pilules de troisième et quatrième génération, en 2012, a révélé les risques qu’elles faisaient courir à des femmes jeunes, en pleine santé, victimes d’AVC et d’embolies.  Du coup, malgré leur remplacement en catastrophe par des pilules de seconde génération, les prescriptions sont en forte baisse : selon l’INDED,  41% des femmes prenaient la pilule en 2013, contre 50% sept ans plus tôt.

Mais cette fois, l’angle d’attaque rejoint une des préoccupations sanitaires majeures actuelles tant pour la santé que pour l’environnement : « La pilule est un perturbateur endocrinien » accuse Sabrina Debusquat.  Signe que le vent tourne : c’est le Nouvel Observateur qui lui donne la parole dans une longue interview/débat avec l'oncologue-gynécologue à l’Institut Curie, Nasrine Callet.

Dans son livre, fruit d’une longue enquête, Sabrina Debusquat  passe en revue les maux qui accompagnent l’utilisation quotidienne de la pilule : solitude de la femme abandonnée à la « charge mentale contraceptive » par son conjoint, dépression, libido à zéro, cancers (la pilule est classée cancérigène de catégorie 1 pour les seins, le foie, le col de l’utérus et les voies biliaires par le Centre international de recherche sur le cancer), mais aussi la pollution chimique  de l’environnement.  L’auteur prédit un scandale sanitaire, la pilule oestroprogestative étant un perturbateur endocrinien, autant et plus que le bisphénol A, le glyphosate, et autres substances chimiques dont on déplore aujourd’hui la présence massive dans la nature à travers notamment les pesticides…

Un choc pour les femmes de plus en plus nombreuses à choisir des produits bio mais qui continuent à avaler leur pilule quotidienne en faisant subir à leur corps une véritable « castration chimique ». « J’étais moi-même ignorante » reconnaît Sabrina Debusquat, avant de découvrir ce que savent parfaitement médecins et laboratoires et, bien sûr, l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Si le corps féminin est directement ciblé par ce bombardement, l’environnement en subit les dommages collatéraux : l’éthinylestradiol (EE2), l’hormone de synthèse que contient la pilule, passe dans les urines et n’est éliminée qu’à 60% par les stations d’épuration.  Elle se retrouve donc massivement dans nos rivières, puis dans l’eau du robinet… Alertés par les mutations de poissons mâles en femelles, les chercheurs soupçonnent un effet semblable sur les hommes. Il y aurait en outre des risques pour les fœtus dont les mères sont tombées enceintes après des années de contraception chimique.  Ainsi s’expliquerait la croissance d’anomalies dans le développement des fœtus,  des malformations de l’appareil génital des petits garçons, comme l’hypospadias [anomalie de l’ouverture de l’urètre, NDLR] ou la cryptorchidie [les testicules qui ne descendent pas, NDLR].

Paradoxe : alors que le bisphénol A a été interdit dans certains produits (par exemple les tétines pour bébé), on commercialise une pilule dont l’hormone de synthèse, le l’EE2, est 1000 fois plus puissante ! « La toxicologue Annette Lexa (université de Metz, Eurotox) utilise à ce propos une image choc : en matière de perturbateurs endocriniens, le bisphénol A est une 2CV, tandis que l’EE2 est une Ferrari… »

 

 


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