La Sélection du jour | Confinée en plein Ciel (n°945)
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Spiritualité

La synthèse

Confinée en plein Ciel

Par Louis Daufresne - Publié le 24 avril 2020

Même si au 40e jour, on nous prépare à en sortir, le « confinement » sera sans doute élu parmi les mots de l’année 2020. Aimant toujours passer à autre chose, les media foncent vers le 11 mai comme le faisait Josué regardant la Terre promise. Ce compte à rebours rendrait-il la réclusion plus supportable ? Peut-être. Si Mike Horn livra ses sept conseils pour survivre au confinement, il y a encore plus extrême que lui. Car survivre à l’aventure, c’est bien. Mais y survivre tout au long de sa vie, c’est encore mieux.

Elle s’appelle Sœur Catherine.

Cet ermite de montagne « habite » seul une crête rocheuse battue par le vent quelque part dans les Préalpes de Digne, à 2000m d’altitude. On peut la comparer à un sportif adepte du survivalisme. Mais entre le mythe de l’aventure et l’aventure de l’ermite, il n’y a que le vernis de l’apparence. L’un jure par la performance et le défi, l’autre n’est qu’abandon et pragmatisme. Sœur Catherine ne dit pas où elle se trouve pour ne pas être dérangée. Sans eau ni électricité, son ermitage se mérite au bout de deux heures de marche. Et son confinement dure depuis… 25 ans. Elle a pour jardin des paysages inouïs, pour couloirs les sentiers d’alpage, pour chambre un cabanon de 3m2 (avec une planche pour couchette), pour pièce à vivre une petite grotte dans la falaise accessible via une corniche et pour cathédrale une minuscule chapelle entretenue par ses soins. Y trône le Saint-Sacrement dont les loirs éteignent souvent la veilleuse. Le lieu perché appartient à l’ONF (Office national des forêts) auquel Sœur Catherine verse une redevance. N’appartenant à aucune communauté, cette religieuse diocésaine subvient à tous ses besoins (autour de 3000€ par an !). Sociable de nature et de santé fragile, l'ancienne conseillère juridique (pendant 10 ans) ne désirait pas la solitude. Élevée dans l’indifférence religieuse, elle reçut toutefois de ses parents le sens du détachement. Puis un jour, son patron lui conseilla de pratiquer une technique spirituelle en répétant chaque jour la phrase « Seigneur Jésus-Christ, fils du dieu vivant, prends pitié de moi, pauvre pêcheur ». Ces mots débouchèrent sur un appel : « Je te demande de me suivre dans la solitude d’un ermitage. » Elle suivit la voix et Dieu, ajoute-t-elle, « continue de la guider en permanence ».

Si confinement rime avec isolement et dénuement, il n’y a aucune forme de délaissement. Et c’est ça qui compte. Sa vie entre Terre et Ciel connecte le naturel au surnaturel. Sinon, comment surmonter des hivers de cinq mois avec des semaines entières à –20° ? Comment approcher les loups hurlant à travers les cimes ? Comment vaincre la soif quand la source tarit, comme en 2003 où elle faillit en mourir ? Entièrement calée sur le soleil et les saisons, Sœur Catherine, du haut de son mètre soixante, va chercher l’eau, coupe du bois et le remonte sur son dos, brise la glace, débroussaille les chemins. C'est une hyperactive et son quotidien est un laboratoire pour commando. Sait-on par exemple qu’en mangeant des oignons, on résiste mieux au froid ? Le sens de sa vie, sœur Catherine l'explique dans Récits d’une ermite de montagne (Éditions du Relié, 2019). Depuis trois ans, elle vit de ses conférences. Même si elle se surprit parfois à entendre sa voix, son verbe et son élocution sont parfaitement maîtrisés. Aujourd’hui, la religieuse donne ses conseils encore plus volontiers comme « bien séparer les activités en s’arrêtant deux minutes à la fin de chacune d’elles, se réserver des temps de méditation et surtout ne pas grogner ni accuser autrui ». Bridés dans notre liberté, nous cherchons des coupables. Là-haut, sous les étoiles, il n’y a plus de place pour nos bassesses.


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