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Spiritualité

La synthèse

Comment on refait l’histoire des reliques

Par Pierre de Riedmatten - Publié le 19 avril 2021

Patrick Boucheron, agrégé d’histoire et professeur au Collège de France a lancé, sur la chaine Arte (subventionnée par l’État à hauteur de plus de 300 M d’€ en 2021), une nouvelle série d’émissions Faire l’Histoire. Dans l’émission diffusée le samedi 17 avril, « Le suaire de Turin, une relique pour le XXème siècle », les téléspectateurs auront sans doute vite compris ce que signifie cette « profession de foi ». L’objectif était en effet de montrer qu’il ne s’agit pas d’un objet exceptionnel ou mystérieux, mais que « c’est la foi des chrétiens qui a rendu unique ce lambeau de tissu, décomposé par les sueurs de l’agonie » ; tissu qui montre « une image fantomatique », sur laquelle les chrétiens s’appuient pour « prouver l’existence du Christ » ; alors que celle-ci est attestée par plusieurs historiens anciens (Pline, Tacite, Suétone, Flavius-Josèphe…).

Pour expliquer cela, Patrick Boucheron a fait intervenir Yann Potin, également agrégé d’histoire, qui a affiché derrière lui, bien en vue, un négatif du Visage du Linceul totalement flou, donc volontairement modifié, alors que le Négatif est au contraire étonnamment net.

Ce « spécialiste » s’est appuyé sur le test au C14 qui « a tranché le débat », en confirmant qu’il s’agit d’un tissu du XIVème siècle ; et que le pape Clément VII avait « laissé entendre que c’est une peinture ». Alors que ce pape a, au contraire, rayé toutes les allusions à un éventuel faussaire, dans sa bulle définitive du 1er juin 1390. Yann Potin n’a donc fait aucune allusion aux travaux du STURP (1981) montrant qu’il ne s’agit en aucun cas d’une peinture, mais d’une oxydation acide déshydratante des fibres de lin. Ni à la tridimensionnalité de l’image, caractéristique unique qui ne peut s’expliquer que par cette oxydation extrêmement superficielle du tissu (quelques microns), dont l’intensité est inversement proportionnelle à la distance corps/tissu, ce qui était inconcevable au Moyen Âge.

Pour cet archiviste paléographe de l’École des Chartes, l’histoire de ce tissu « en très mauvais état, est non documentée avant 1355 ». Il n’a donc surtout pas évoqué les quatre trous en « L » présents sur le Linceul, qui figurent également dans le Codex Pray datant de 1192, et qui permettent de faire le lien avec l’histoire ancienne du Linceul au Moyen-Orient (arrivée solennelle à Constantinople le 15 août 944). Quant à l’incendie de 1532, « il a participé à la dissimulation de l’image ». Alors que l’image n’a, au contraire, pas été modifiée par cet incendie, qui l’aurait détruite si c’était une peinture.

Yann Potin n’a pas fait non plus une seule allusion aux blessures du Supplicié qui a subi la crucifixion ; rien sur la flagellation, rien sur l’étonnante position des clous dans le poignet et non dans la paume de la main ; rien sur les taches de sang restées rouges (présence de bilirubine), en raison du violent traumatisme subi ; rien sur le fait que, pour les anatomistes, le supplicié est resté moins de 40 heures dans ce linceul, et l’a quitté sans arracher aucun des caillots de sang.

Tout en faisant défiler à toute allure des images sur des sujets connexes (les protestants et la querelle des images, le commerce des fausses reliques au Moyen Âge, les apparitions supposées de fantômes dans des photos...), mais en donnant aussi des dates exactes (par exemple sur les ducs de Savoie), les deux « historiens » ont martelé leur message : « La Foi greffe son imaginaire sur des fausses reliques ».

On peut se réjouir que cette émission n’ait duré que 18 minutes, ce qui n’a pas permis aux présentateurs d’énoncer d’autres contre vérités.

Mais comment pourrait-on faire confiance à un agrégé d’histoire et à un professeur au Collège de France qui réécrivent l’histoire des reliques selon leur propre idéologie ?

À trop vouloir faire croire que les chrétiens ont réécrit l’histoire du Saint Suaire, ces « spécialistes » chevronnés ne deviennent-ils pas des arroseurs arrosés ?

Pour mémoire, mon petit livre de synthèse donne de nombreuses informations scientifiques et historiques sur ce tissu qui est toujours « provocation à l’intelligence » (saint Jean-Paul II) - “Le Saint Suaire” - Ed. Fidélité - 3° éd. 2020...


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