La Sélection du jour | Comment les « Big Pharma » gagnent de l’argent sur notre dos (n°1203)
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Comment les « Big Pharma » gagnent de l’argent sur notre dos

Par Jean Staune - Publié le 19 février 2021

L’épidémie de Covid-19 n’a pas été une mauvaise affaire pour tout le monde. Les ventes en ligne ont explosé et les laboratoires pharmaceutiques en ont profité. Pas uniquement ceux qui produisent un vaccin, mais aussi ceux comme Gilead qui ont vendu pour plus d’1 milliard € un traitement qui ne fonctionne pas et qui est dangereux, le Remdesivir (cf. LSDJ 1129).

Certains affirment qu’un vaccin contre une telle épidémie relèverait de l'intérêt général. Mais allez expliquer aux actionnaires de Moderna, qui ont investi « à perte » pendant des années, qu’ils n’ont pas le droit de toucher les bénéfices de la recherche audacieuse qu’a conduite la société. Qui voudra encore investir dans la recherche pharmaceutique ? Mais ce débat autour de l'intérêt commun du vaccin cache un scandale sur la façon dont les laboratoires pharmaceutiques s’y prennent pour réaliser des gains injustifiés, comme le montre un documentaire d’Arte.

Le laboratoire Genentech produit un médicament, l’Avastin pour traiter le cancer du côlon. Des spécialistes des yeux se rendent compte que des injections directes d’Avastin dans l’œil permettent de stopper de façon quasi complète la principale cause de cécité chez les personnes âgées, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Immédiatement, c’est l’effervescence dans le monde entier. On peut stopper une maladie qui rendait les gens définitivement aveugles !

Mais l’Avastin se vend en flacon ; il faut donc préparer à partir du flacon, des seringues du produit à injecter dans l’œil. Le laboratoire va alors sortir un produit exactement équivalent, le Lucentis. Sauf qu’il coûte 2000 $ par seringue alors qu’une injection d’Avastin revient à 50 $ !

Le laboratoire Genentech va être racheté par Roche qui va diffuser mondialement l’Avastin … en freinant des quatre fers pour son nouvel usage, expliquant qu’il faut le réserver au traitement du cancer du côlon, tandis que Novartis (qui possède 33% de Roche !) va faire une campagne massive en faveur du Lucentis en expliquant qu’il serait dangereux d’utiliser l’Avastin puisqu’il faut le manipuler pour le mettre dans des seringues (c’est pourtant ce qu’on fait tous les jours pour les vaccins livrés en flacons). 

Bien que certains hôpitaux « s’acharnent » à traiter les malades avec l’Avastin en préparant eux-mêmes les seringues, les coups de boutoirs des laboratoires pharmaceutiques (qui ont osé porter plainte contre l’État Français pour utilisation de l’Avastin en dehors de son autorisation de mise sur le marché !) font qu’aujourd’hui, en France comme aux États-Unis, la quasi-totalité des malades utilisent un traitement coûtant 2000 $ au lieu de 50 $.

Les pertes estimées pour la Sécurité Sociale, c’est-à-dire pour nous tous, sont de 1 milliard € par an en France et de 3 milliards $ aux USA.

Et on vient nous expliquer qu’il n’est pas possible pour l’État Français d’obliger une multinationale suisse comme Roche à produire l’Avastin dans des seringues… Pourtant, l’Italie a réussi à condamner Novartis et Roche à 180 millions € d’amendes pour entente illicite sur ce dossier.

On retrouve le laboratoire Gilead avec un traitement miracle contre l’hépatite C (la forme la plus grave d’hépatite), racheté à prix d’or à une start-up. Le traitement coûte 84.000 $ aux États-Unis et 42.000 € en Europe. Les notes internes de Gilead diffusées lors d’une enquête officielle aux USA mentionnent qu’il faut fixer le prix sans se soucier du « scandale ». Dans les pays du tiers monde, Gilead vend ce médicament… 80 $ par traitement, soit mille fois moins. Ce qui donne une idée du vrai prix de revient.

Novartis, lui, diffuse le Kymriah, traitement miracle contre la leucémie, issu de la biotechnologie. Un seul traitement peut guérir un patient pour… 320 000 €. Ici aussi il s’agit d’un brevet issu de la recherche publique ayant été racheté par Novartis, qui a récemment consenti à une baisse « grandiose » puisque le traitement ne vaut plus « que » 287 600 €… La vie n’a pas de prix n’est-ce pas ?

Ainsi, de tels médicaments permettent à des laboratoires comme Gilead de faire plus de 55% de profits sur 32 milliards $ de ventes, alors que, dans l’industrie classique, les profits sont en général de 5 à 10% maximum.

Cela n’est possible que grâce à un lobbying frénétique des laboratoires pharmaceutiques épaulés par des experts… qui reçoivent de l’argent des mêmes laboratoires.

Dans un documentaire de France 5, Daniel Vittecoq, à l’époque président de la Commission des autorisations de mise sur le marché, nous explique qu’aucun des membres de la Commission n’est sans liens avec l’industrie pharmaceutique, et nous livre cette perle incroyable : « Si un médecin postulait pour être membre de cette Commission et n’avait pas de conflit d’intérêt à déclarer, il ne serait pas recruté, car il serait soupçonné d’incompétence ». Cela revient à dire que, pour un organisme officiel français, être indépendant, c’est être incompétent ! Le même directeur a tellement de liens avec les laboratoires pharmaceutiques qu’il est incapable de les citer tous quand on les lui demande.

On comprend mieux pourquoi une étude de Didier Raoult montre qu’il y a une corrélation stricte entre le montant des sommes reçues du laboratoire Gilead par un scientifique et son opposition au traitement par l’hydroxychloroquine !  


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