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La synthèse

Chine : le Parti ne sortira pas indemne du coronavirus

Par Philippe Oswald - Publié le 11 mars 2020

Victoire ! Le président Xi Jinping a joint l’image à la parole en effectuant, le 10 mars, sa première visite à l'hôpital Huoshenshan, construit en dix jours dans la ville de Wuhan, berceau du Covid-19. Selon le nouveau « grand Timonier », « la propagation de l’épidémie est pratiquement jugulée » après plus de six semaines de quarantaine générale dans toute la province. Les autorités ont annoncé que l’aéroport de Wuhan se préparait à reprendre son activité, et que les restrictions de mouvement dans la province seraient réduites progressivement. De fait, selon l’OMS, le pays « est en train de maîtriser l'épidémie ». Naturellement, le régime s’en attribue le mérite, même si la démocratique Corée du Sud, le deuxième pays le plus touché par la maladie après la Chine, obtient un score moins contestable.

Les conditions dans lesquelles le n°1 chinois a effectué cette visite à Wuhan n’incite pas à la confiance et à la détente. La police omniprésente, en combinaison de protection, a confiné les habitants chez eux. Aucun n’a pu réitérer l’exploit réalisé par certains d’entre eux le 5 mars, lors d’une visite de la vice-première ministre Sun Chunlan. Ils avaient alors interpellé la délégation ministérielle en criant : « C’est faux, tout est faux ! » pour dénoncer la mise en scène des autorités locales. S’agissant de mise en scène, Pékin ne néglige pas non plus le théâtre international : la Chine propose à présent une panoplie d’aides (matériel de protection, tests etc.) aux pays touchés par la pandémie, non seulement à ses voisins et alliés, Pakistan, Iran, pays d’Afrique, mais aussi à l’Italie que l’Union européenne semble bien impuissante à secourir (la Chine enverra à l’Italie ces prochaines heures, neuf médecins et techniciens expérimentés dans la lutte contre le coronavirus ainsi que 1 000 appareils d'assistance respiratoire, 20 000 combinaisons de protection, 50 000 tests). Objectif, selon le quotidien chinois Global Times (9 mars) : « Démontrer sa fiabilité en tant que puissance économique majeure et garder son attractivité pour le reste du monde. » Et pour contrer les mauvais esprits qui ont le front de rappeler que la Chine fut le foyer primitif de l’infection, il y a trois mois, la propagande met en avant des « études » jetant le doute sur le « prétendu virus chinois » tandis les réseaux sociaux bruissent de rumeurs sur l’origine yankee du Covid-19.

En réalité, loin de l’image « performante » que la Chine veut donner dans tous les domaines, les retards dans la prise en charge de l’épidémie de Covid-19 à ses débuts trahissent un système de santé sous haute tension, manquant de personnels suffisamment formés. La Chine ne compterait que 60 000 médecins généralistes, soit environ un généraliste pour 23 000 personnes, tandis que les États-Unis ont un généraliste pour 1 500 personnes. Et dans les centres de santé locaux, moins d’un quart des médecins chinois sont diplômés de l’enseignement supérieur. Alors que Pékin a dû reconnaître que plus de 3 000 membres du corps médical avaient été infectés au cours du mois de janvier, le nationalisme galvanisé par Xi Jinping fait la part belle aux médecines « traditionnelles » dont les produits représentent 29% des ventes, derrière les médicaments classiques (43%).

Toutefois, l’épidémie semble avoir débridé l’opinion chinoise. Elle ne supporte plus les mensonges et la censure du régime. En particulier, elle n’a toujours pas digéré les menaces adressées par la police locale au Dr Li Wenliang, le jeune ophtalmologiste de l’hôpital central de Wuhan qui fut le premier lanceur d’alerte. Infecté lui-même par le virus, il paya de sa vie son dévouement à la médecine. Les réseaux sociaux ayant relayé son alerte puis annoncé sa mort, les autorités ont été contraintes de suivre la « vox populi » qui le célèbre comme un héros, mais elles n’ont pas manqué d’ajouter qu’il était un membre loyal du Parti communiste. Alors que deux autres ophtalmologistes du même hôpital ont également succombé au virus, les médias officiels se sont bien gardés de mentionner que ces derniers étaient des collègues de Li Wenliang. La mère de Li Wenliang, qui avait protesté en défendant l’innocence de son fils, a elle-aussi été sommée de se taire, et tous les articles le concernant ont été censurés. Mais à l’heure de la mondialisation et des réseaux sociaux, l’information est aussi difficile à confiner que les virus. La réaction des habitants de Wuhan à la mise en scène des autorités confirme que la dictature du Parti ne sortira pas indemne de l’épidémie de coronavirus.


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