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Société

La synthèse

Ce coronavirus nous met bas les masques !

Par Philippe Oswald - Publié le 21 mars 2020

En 2009, selon Roselyne Bachelot, ministre de la santé à l’époque, la France disposait de 700 millions de masques de haute protection. Ce stock d’État de masques FFP2 était encore de 600 millions en 2012. Aujourd’hui, il est tombé à 110 millions, selon le ministre de la Santé. Le résultat, c’est l’exaspération angoissée de médecins et de personnels de santé en première ligne face à l’épidémie mais dépourvus de cette protection élémentaire. Les autorités ont tardé à mobiliser les usines de fournitures médicales ou de textiles pour produire des masques 24 heures sur 24. Les besoins sont tels et la pénurie si profonde que les promesses gouvernementales d’arrivages imminents non suivies d’effets déclenchent des réactions de colère du personnel soignant. « Le masque est devenu le symbole de l’abandon dont nous sommes victimes » résume un médecin exerçant à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

La France, 6ème économie du monde (conservera-t-elle ce classement après cette crise ?), est passée de 11 lits d’hôpitaux pour 1000 habitants en 1980 à 6 aujourd’hui selon les données de la Banque Mondiale. Cette situation du « meilleur système de santé au monde » étonne à l’étranger. Les médias ne manquent pas de faire le lien entre cette pénurie de matériels de protection et la situation critique que dénoncent les médecins des hôpitaux depuis plusieurs mois. Ils sont rejoints par les médecins libéraux, les infirmières, les kinésithérapeutes, les personnels des Ehpad mobilisés auprès des malades ou des personnes âgées sans disposer de protection. Un collectif de plus de 600 médecins a porté plainte le 19 mars devant la Cour de la République contre Agnès Buzyn et Édouard Philippe pour « mensonge d'État ». Le détonateur de leur plainte fut la parution de la « confession » d’Agnès Buzyn dans le Monde du 17 mars, dans laquelle l’ancien ministre de la Santé avouait qu’elle avait averti du danger… En attendant, place au système D ! « À Grenoble, […] la direction de l’hôpital est allée jusqu’à demander “au personnel soignant de se préparer à fabriquer ses propres masques de protection” en raison de “la pénurie” » relate le journal suisse Le Temps. À Agen, des infirmières se protègent en bricolant des soutiens-gorge !

On ne reviendra pas ici sur les obstacles dressés par le ministère de la Santé aux travaux sur la chloroquine du Pr. Didier Raoult (cf. LSDJ 915), alors que l’emploi de ce médicament en usage depuis des années aurait mérité d’être largement testé. Les mesures préventives (fermeture des frontières, tests, mises en quarantaine systématiques) ont également fait défaut. Auraient-elles pu nous épargner ce confinement ruineux économiquement, et qui va profondément perturber la population cloîtrée pendant des semaines ? Dès l’annonce du confinement par le Président de la République, nombre de citadins, des Parisiens surtout, ont fui précipitamment vers la province comme en juin 40. On peut certes les en blâmer, parce qu’ils ont propagé le virus, mais la perspective de vivre enfermés pendant des semaines dans un appartement souvent exigu, mérite quelque indulgence, surtout pour les familles ayant de jeunes enfants. Cependant l’accueil des provinciaux alarmés par l’arrivée de ces réfugiés potentiellement contaminés, a souvent manqué de chaleur… La crise sanitaire a réveillé l’antagonisme entre la population urbaine, fer de lance de la « start-up nation », et celle des campagnes, laissée pour compte de la mondialisation, mais auprès de laquelle les urbains vont chercher refuge. La grogne gagne aussi ces forçats de la mondialisation que sont les chauffeurs routiers qui trouvent clos restaurants et toilettes : s’ils cessaient le travail, le pays serait complètement paralysé. Quant à la population des « banlieues », elle refuse tout confinement et n’a cure des amendes. Les rares policiers qui se risquent à rappeler la loi sont attaqués et doivent déguerpir.

À côté de magnifiques manifestations de solidarité (notamment à l’égard du personnel soignant, mais qu’il faut étendre à tous ceux qui se dévouent pour que le pays continue d’être tant soit peu irrigué), la crise sanitaire montre crûment que la République n’est guère « une et indivisible ». Bien plus que l’économie, c’est l’ensemble de la société qu’il faudra remettre d’aplomb une fois terrassé le Covid-19. Vaste mais indispensable programme : un programme de civilisation.


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