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Spiritualité

La synthèse

Brise de Nice pour Noël

Par Louis Daufresne - Publié le 25 décembre 2020

Le sapin médiatique est bourré d’épines et à son pied, les cadeaux empoisonnés s’empilent à qui mieux mieux. En ce jour de Noël, LSDJ trouve quand même à vous offrir deux jolis paquets à ruban rouge : un portrait et une vidéo.

Le portrait, c’est la der de Libé. À l’honneur, un certain Franklin Parmentier, curé de son état : « Le prêtre de la basilique Notre-Dame de Nice, endeuillée par l’attentat islamiste du 29 octobre, y célébrera la messe de Noël », annonce sobrement le canard libertaire. Généralement, le palmipède couine quand ses pattes s'enfoncent dans le marécage catho. Là, ce n’est pas le cas. Les circonstances, il est vrai, s’y prêtent peu. Sous le très bon titre « l’abbé des anges », Mathilde Frénois pond un papier irréprochable, associé à une photo en col romain qui l’est tout autant, à rebours des codes ricanants du journal. Sous sa plume, le père Parmentier ne finit pas en hachis, bien que l’attaque au couteau lui inspire des paroles tranchantes : « Putain que c’est dur », admet le curé quand il songe à l’injonction christique « aimez-vous les uns les autres ». Le Tunisien de 21 ans (toujours en vie !) « a fait du mal, de l’ordre du démoniaque, ajoute-t-il, mais je suis convaincu que toute personne reste humaine. Je souhaite que cette humanité reprenne le dessus ». Vœu pieu ? Sans doute. Mais le bon Dieu peut-il désespérer de l’homme mauvais ? Ce portrait égrène de belles réflexions, très inhabituelles pour un journal enclin au consumérisme tous zizimuts : « On a une vision sommaire de la morale, dit le prêtre : "C’est bien, ce n’est pas bien". En fait, les deux sont liés comme la pédale d’un vélo. La morale, c’est ce qui peut aider à poser un acte humain. La foi enrichit la façon de poser cet acte. » Non, non, vous lisez bien Libé. Le père Parmentier, apprend-on aussi, est titulaire d’un « master en morale familiale et matrimoniale à l’institut Jean-Paul II à Rome ». Ouah, ça c’est un CV. Rendez-vous compte : c’est comme si Famille chrétienne faisait le portrait d’un franc-maçon athée militant dans un centre gay et lesbien. Calotte basse ! Le curé niçois touche le lecteur car son parcours est « jonché d’épreuves », certaines traumatisantes comme ce grave accident de voiture (où un autre prêtre était impliqué !) ou les inondations meurtrières en pays cannois il y a cinq ans. « On a perdu des paroissiens », se souvient-il. Le jour de l’attentat, le père Parmentier priait à deux pas de la basilique ; c’est lui qui décrit le sacristain aux policiers et qui doit « encaisser » sa mort et faire bonne figure devant le président Macron. Un curé a-t-il le droit d’être traumatisé ? « On n’est pas des super-héros », confie-t-il. Ça, le vieux lecteur de Libé le sait – habitué à toutes les histoires de pédophilie dont se repaît le quotidien bobo. Et si le message ne s’adressait pas plutôt à la cathosphère – qui confond soutane et titane ? Le père Parmentier devait être installé le 1er novembre, trois jours après l’attaque. S’il célèbre la messe de Noël dans cette belle basilique de pierre blanche, il ne sait toujours pas quand ces murs hébergeront sa paroisse…

La vidéo, c’est celle de Tibo InShape. Son vrai nom ? Thibaud Delapart. Si vous avez plus de 20 ans, il y a peu de chance que vous connaissiez de ce jeune YouTuber passionné de muscu. Ses biceps médiatiques sont impressionnants : Tibo InShape a 7,7 millions d’abonnés. À lui tout seul, c’est l’audience de TF1 au Miss France 2019 ! À ce niveau-là, c’est un business. Pour lui parler, il faut passer par son papa qui gère sa com’. Signe particulier et raison du succès : son sourire. Tibo Inshape vient de produire pour Noël une vidéo intitulée « Je deviens prêtre ! (pendant 24 heures) ». En béotien, il y interroge un curé de Toulouse, le jeune père Aymar de Langautier, excellent de bout en bout dans un exercice de vulgarisation casse-gueule. Son habit noir et sa barbe IIIe République contrastent avec la jeunesse et la douceur de sa voix. Tibo InShape le suit partout dans son église, du bénitier au confessionnal, vus comme les curieux vestiges d’un autre temps. Rythmée par un montage millimétré, leur rencontre « matche » à fond. À l’heure où ces lignes sont écrites, la vidéo vise le cap des 600 000 vues. De quoi faire réfléchir à l’audience des media cathos... En fait, la parole d’une institution, quelle qu’elle soit, ne porte que si elle se laisse interroger librement du dehors. Les problèmes du dedans n’intéressent personne. Une sorte d'appel au déconfinement.


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