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Economie

La synthèse

Boeing 737 MAX : le verdict du Congrès américain ressemble à un coup de grâce

Par Philippe Oswald - Publié le 07 mars 2020

Tandis que l’économie mondiale est ébranlée par l’épidémie du coronavirus, l’avionneur américain Boeing vient de connaître un nouveau coup dur dans la crise entraînée par deux crashs de son appareil commercial vedette, le 737 MAX. Ce coup, c’est la Commission des Transports du Congrès des Etats-Unis qui vient de le porter dans les conclusions de son enquête publiée le 6 mars. Et ce pourrait bien être le coup de grâce.

La Commission n’y va pas par quatre chemins. Pour elle, « cet avion est fondamentalement défectueux et dangereux ». Alors que Boeing espérait encore faire redécoller dans les prochains mois les 700 exemplaires du 737 MAX (dont 400 neufs) cloués au sol depuis le 13 mars 2019 après les accidents de la Lion Air (189 morts en octobre 2018) et d'Ethiopian Airlines (157 morts en mars 2019), la sentence semble sans appel. Tout le travail entrepris fiévreusement et à grands frais (près d'un milliard de dollars par mois) pour modifier le système d'anti-décrochage à l'origine des crashs et former les 4 000 pilotes certifiés sur le 737 MAX pour qu'ils intègrent les modifications apportées par Boeing sur l'appareil, semble vain.

Mais Boeing n’est pas la seule cible du Congrès. L’enquête menée par sa Commission des Transports pointe les procédures de certification de la Federal Aviation Administration (FAA) : celle-ci a en effet laissé passer, selon la Commission, « plusieurs erreurs de conception technique ou erreurs de certification », ce qui « met en évidence un système de surveillance qui a désespérément besoin de changements » s’agissant de la certification des avions de ligne. Plus question, à l’avenir, de « développer un avion commercial conforme aux règlements de la FAA mais fondamentalement défectueux et dangereux ». Au mois de janvier dernier, les élus de la Chambre des représentants avaient déjà laissé entrevoir leur verdict en divulguant des courriels échangés en interne par des salariés de Boeing avant la certification du 737 MAX, en mai 2017. Ces messages mettent en cause le système anti-décrochage de l’avion et révèlent des relations déplorables entre Boeing et la FAA. Exemples : en 2015 un employé de Boeing écrit que présenter le travail en cours à la FAA revient à « faire regarder la télé à des chiens ». « Mettrais-tu ta famille dans un simulateur Max ? Non je ne le ferai pas », dit un employé à un collègue qui l’approuve dans un autre échange. « Cet avion est conçu par des bouffons, qui, en retour, sont supervisés par des singes », grince un autre dans un mail de 2017. En octobre 2019, le Congrès avait déjà révélé des messages internes d'un ancien pilote d'essai de Boeing, évoquant des problèmes apparus sur le simulateur de vol du 737 MAX dès 2016, soit deux ans avant le premier crash. La FAA n’en avait pas été informée, et Boeing était parvenu à convaincre les autorités américaines que les pilotes habitués à l’ancienne version du 737 n'avaient pas besoin d'une formation sur simulateur.

Avant même cette sentence du Congrès, le sort du 737 MAX n’était-il pas déjà scellé par l’opinion publique ? Non pas tant à cause des deux crashs qu’en raison des nombreux déboires rencontrés par Boeing depuis qu’il a entrepris de corriger les défauts de l’appareil. S’il y parvenait et recevait l’aval d’une FAA elle-même réformée, les compagnies aériennes seraient inévitablement confrontées à la réticence des passagers à voler à bord d’un 737 MAX. Le patron de Ryanair (une compagnie qui a commandé 210 exemplaires de cet avion) a pris les devants en annonçant que les clients qui refuseraient d’embarquer à bord d'un 737 MAX seraient dédommagés : « Si vous ne voulez pas monter à bord, très bien. Vous partez, récupérez votre bagage et vous pouvez être remboursé intégralement »… Bref, la cause de l’appareil semble désespérée. Seule l'arrivée sur le marché d'un nouveau modèle pourrait permettre à Boeing de tourner la page la plus noire de son histoire plus que centenaire.


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