Partager

Sciences

La synthèse

Avec le tout-écran, gare à la « malbouffe » intellectuelle !

Par Philippe Oswald - Publié le 10 décembre 2018

Les nutritionnistes mettent en garde contre les effets de la « malbouffe » sur la santé. Pas forcément en raison de la qualité intrinsèque des produits mais parce que le « fast-food », comme son nom l’indique, incite à avaler « tout rond ». Or un danger analogue à la mauvaise digestion menace notre cerveau, notre intelligence, notre culture. En cause : la vitesse et la dispersion de la lecture sur les supports numériques, au détriment de l’élaboration de la pensée. Le phénomène est bien sûr aggravé par la domination quasi exclusive des écrans, notamment au sein des nouvelles générations, massivement réfractaires à l’ouverture d’un livre…

« Les nouvelles technologies ont profondément modifié notre façon de lire, et par conséquent, celle dont nous pensons » avertit  Maryanne Wolf, chercheuse en neurosciences cognitives, directrice du Center for Dyslexia, Diverse Learners, and Social Justice de l'université UCLA. Elle avait déjà alerté sur ce phénomène il y a plus de dix ans dans son best-seller « Proust and the squid » (« Proust et le calamar » en traduction aux éd. Abeille & Castor). Elle revient sur ce thème en se concentrant sur les modifications de notre façon de lire induites par les médias numériques, dans  « The reading brain in a digital world » (Harpers Collins) paru au mois d’août. Pressés par la vitesse et distraits par les sollicitations, notamment publicitaires, qui surgissent perpétuellement sur nos écrans, nous lisons de plus en plus « en diagonale », hâtivement,  au détriment de la « lecture profonde » (« deep reading »). La « lecture écrémée » (« skim reading ») nous éloigne de la concentration, de la rumination, de la méditation, nécessaires à la maturation d’une pensée critique, permettant l’empathie, la réflexion, la sagesse. En revanche, cette lecture hâtive et brouillonne ouvre la porte à deux battants à l’émotion et à son cortège de passions.

On devine les conséquences politiques : « Si l’espèce humaine commence à être de moins en moins empathique, de moins en moins analytique, nous serons gouvernés par des démagogues », avertit Maryanne Wolf. Elle ne condamne pas pour autant l’utilisation des médias numériques qui présentent par ailleurs des sollicitations positives du cerveau, mais plaide pour  un retour à l’équilibre grâce à une alternance entre le support papier et le support digital.

L’interview de Maryanne Wolf est à lire dans Usbek & Rica, « Le média qui explore le futur », un magazine trimestriel de prospective. 


La sélection

Les dernières sélections

Pourquoi s'abonner à LSDJ ?

Vous êtes submergé d'informations ? Pas forcément utiles ? Pas le temps de tout suivre ?
Nous vous proposons une sélection pour aller plus loin, pour gagner du temps, pour ne rien rater.

 Sélectionner et synthétiser sont les seules réponses adaptées ! 

0€ si vous voulez, 20€ (conseillé), ou tout montant de votre choix.
Le paiement de mon abonnement permet à LSDJ de poursuivre la diffusion d'informations de qualité, d'assurer son indépendance, et de pérenniser son avenir.