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International

La synthèse

Avec le coronavirus, les islamistes redoublent de virulence

Par Philippe Oswald - Publié le 28 mars 2020

Le 25 mars, les groupes terroristes Daech et Al-Qaïda ont annoncé de concert une offensive militaire contre les « infidèles européens ». Le même jour, à Mulhouse où il était venu pour remercier les soignants « en première ligne » dans la « guerre » contre le coronavirus, Emmanuel Macron a lancé l'opération « Résilience ». Elle consiste à mobiliser l'armée française sur le territoire national pour différentes missions liées à la lutte contre le Covid-19. Ce même 25 mars, le chef d’Etat-Major des armées, le général François Lecointre, annonçait le rapatriement imminent des soldats français stationnés en Irak.

Pourtant la guerre, la vraie, s’y poursuit, comme ailleurs au Moyen-Orient et en Afrique. Et elle s’intensifie : profitant de ce front sanitaire auquel sont confrontés les Occidentaux et du désengagement accéléré des Américains et des Français en Irak (où l’épidémie de coronavirus a contraint l'armée irakienne à suspendre tout entraînement), les islamistes (Daesh, Al-Qaida, Boko Haram, Etat islamique en Afrique de l’Ouest …) passent à l’offensive sur tous les fronts. Notamment en Irak, en Afghanistan et au Sahel : Mali, Tchad, Niger, Burkina Faso, Nigéria, pays où l’on commence à recenser les premiers morts du coronavirus.

À Bagdad, le 26 mars, le tir de deux roquettes sur la « Zone verte », où est située l’ambassade des Etats-Unis, était la 26e attaque de ce type en à peine six mois. Au Sahel, où il n’est pas question pour l’instant de rapatrier les quelque 5 000 soldats français de l’opération Barkhane, les attaques des djihadistes sont de plus en plus meurtrières. Les djihadistes de Boko Haram ont tué près de 100 soldats tchadiens et plus de 70 militaires nigérians au cours de la seule matinée du 23 mars. À la faveur de leur assaut contre le camp militaire de Bohoma, situé sur une presqu’île du lac Tchad, les djihadistes de Boko Haram ont détruit 24 véhicules de l’armée, dont des blindés, et sont repartis à bord de hors-bords avec du matériel militaire. Au cours de la même matinée, d’autres djihadistes, combattants de l'Etat islamique en Afrique de l’Ouest (issu de Boko Haram), ont tendu une embuscade à un convoi militaire nigérian parti de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno. Ces deux attaques marquent par leur simultanéité et leur efficacité meurtrière (au total, les djihadistes nigérians ont causé 35 000 morts au cours des dix dernières années). Signe de l’urgence de contre-attaquer les islamistes au Mali et au Niger, des pays européens semblent enfin disposés à épauler les soldats français qui tentent, tant bien que mal, d’encadrer les soldats maliens. Onze pays ont annoncé le 27 mars le lancement officiel d’un regroupement de forces spéciales qui accompagneront les soldats maliens au combat face aux djihadistes. Nommé « Takuba » (« épée », en berbère), cette force sous commandement français débutera ses opérations cet été, dans la région du Liptako, aux confins du Niger et du Mali. Mais seuls six de ces onze pays européens se sont engagés à y participer avec des troupes sur le terrain : la Belgique, le Danemark, l'Estonie, les Pays-Bas et le Portugal. On notera qu’une fois de plus, l’Allemagne est au nombre des pays qui se contentent d’un soutien politique.

Si le Covid-19 donne des ailes aux islamistes, c’est qu’ils sont convaincus que l’épidémie est une punition envoyée par Allah aux « infidèles » et qu’elle épargne les vrais musulmans. Mais cette position sera vite intenable. Après l’Iran, l’un des principaux foyers de l’épidémie, l’Afghanistan, bastion des talibans d’Al-Qaïda et de Daesch, est offerte aux ravages du virus. Chaque jour, rien qu’à Islam Qala, petit poste-frontière entre l’Iran et l’Afghanistan, entre 9 000 à 16 000 hommes, femmes et enfants fuient l’Iran, rapporte Le Figaro (28 mars). Au total, près de 200 000 Afghans seraient rentrés d’Iran depuis le début de l’année, sans bien entendu avoir subi le moindre test, et sans le moindre espoir d’être efficacement soignés. Ce pays de 35 millions d’habitants ne dispose en tout et pour tout, grâce à l’hôpital français et à l’hôpital afghan-japonais de Kaboul, que d’une soixantaine de respirateurs…Un terrible désastre sanitaire menace l’Afghanistan alors que la guerre civile flambe à nouveau avec le retrait des Américains (entamé le 10 mars). L’épidémie ne connaissant ni camp, ni frontière, elle pourrait freiner aussi l’ardeur des djihadistes au Sahel.


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