La Sélection du jour | Au culte ! au culte ! occulte hésitation ! (n°1125)
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Société

La synthèse

Au culte ! Au culte ! Occulte hésitation !

Par Louis Daufresne - Publié le 20 novembre 2020

Messe ou pas messe ? Encore une fois, c'est l'État qui en décidera. Dans notre subconscient, n’est-ce pas lui le dieu tout-puissant dont on redoute le courroux et dont on recherche les grâces ? Lundi, le gouvernement donnait prudemment son accord à une reprise des cérémonies religieuses avec public à partir du 1er décembre mais à deux conditions : la mise en place d’un nouveau protocole sanitaire et une évolution favorable de la situation épidémiologique.

Sagesse ou excès de zèle ?

Un certain jacobinisme ne renonce jamais à occuper l’espace de notre intimité, à y planter le drapeau de sa souveraineté, celle dont l’État se déleste dans les champs régaliens où il est pourtant attendu : la sécurité, la justice, la stratégie économique. Affaibli sur ces terrains-là, l’État se rattrape sur plus faible que lui, l’Église catholique. Il y aurait alors un malin plaisir, presque jouissif, à faire le tri dans nos vies entre l’essentiel et l’accessoire. On n’est pas loin de l’abus de pouvoir et les manifestations sur les parvis, même confusément, expriment surtout ce malaise : l’interdiction des messes a quelque chose d’illégitime et de discriminatoire, même s’il serait absurde de crier à la persécution. 

La liberté de culte est un droit constitutionnel. La mettre entre parenthèses n’est pas anodin et concerne toute la société, alors que les mesures sanitaires sont bien plus faciles à faire respecter dans une église que dans les écoles, collèges et lycées, sans parler des grandes surfaces, des entreprises et des transports en commun.

L'épiscopat dit « mesurer l'impatience de beaucoup de fidèles », tout en soulignant que « l'Église participe de l'effort national de lutte contre l'épidémie ». Dans cette histoire, l’institution catholique se retrouve à la fois humiliée et piégée :

Humiliée : le référé-liberté n’est pas une procédure digne de relations normales entre un exécutif mature et une religion historique. Le président de la République ne pouvait-il pas recevoir un haut prélat solennellement, ce qui aurait donné au discours des Bernardins une épaisseur, une chaleur, une réalité ? La rencontre, lundi en visioconférence, donne aussi une piètre image. On avait d’un côté le Premier ministre Jean Castex, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et de l’autre, les responsables catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes. Cette manière d’aligner les religions sur le même banc pour mieux les dominer du haut de son estrade déprécie le caractère propre du catholicisme.

Piégée : l’eucharistie devient un objet de division entre catholiques. Le clergé devra veiller à « maintenir l'unité », comme on entend souvent. Car les récentes annonces des pouvoirs publics ne désarment pas les fidèles mobilisés. Voici ce qu’on peut lire sur un tract appelant à reconduire les manifestations à Compiègne et à Senlis (Oise) : « L’entrevue de lundi [dernier] entre le Premier ministre et les représentants des cultes n’ayant débouché que sur une perspective incertaine de retour des messes en décembre, ces catholiques veulent rappeler (…), notamment à l’approche des cérémonies de Noël, que la messe leur est essentielle. Et ils réclament que le Premier ministre en tienne compte d’autant que ce dernier annonce réfléchir à des mesures sanitaires sur le temps longs. » Deux points sont ici importants : l’incertitude et le temps long. Cette politique de l’hésitation va-t-elle durablement occulter le culte ? L’entorse à l’État de droit va-t-elle devenir la règle ?

Ces manifs donnent l’impression que l’épiscopat est débordé et passif, ce qui est faux. Vu de l’extérieur, l’opinion voit à la TV des fidèles sincères mais inaudibles. La moitié des Français se dit encore catholique mais la plupart ne vont plus à l’église. Ils trouvent les messes ennuyeuses. Comment peut-on se mobiliser pour « ça » ? Et pourquoi les évêques n'accompagnent-ils pas leurs ouailles ?

Pendant ce temps, les media insistent sur « une petite minorité, jeune et conservatrice, dont le combat est plutôt "politique" et qui cherche à réaffirmer son identité ». Manifester, c’est politiser la messe. Le parvis, comme le pavé, redevient un lieu d'occupation, en écho aux manifestations contre le mariage pour tous ou les lois bioéthiques. Dans la séquence choisie, la journaliste de Quotidien s’étonne que les policiers ne verbalisent pas les manifestants qui récitent des Je Vous salue Marie. Depuis le décret du 29 octobre, revendiquer est autorisé mais prier ne l’est pas. Le commissaire ferme les yeux, rempli d'hésitation.


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