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Après Neymar, Messi au PSG : Qatar 2 - Catalogne 0

Par Louis Daufresne - Publié le 13 août 2021

Une fois de plus, la « Messimania » submerge la planète foot. L’arrivée à Paris du sextuple Ballon d’or n'est-elle pas forcément une bonne nouvelle ? Figurez-vous un peu : la France attire un milliardaire ; une « icône mondiale » parle même de son « immense bonheur » d'y poser ses valises ! Après une saison cramée par le Covid et des droits TV divisés par deux, voici venu le Messi avant Noël. C'est aussi la revanche de la « Farmers League », ce « championnat de paysans » que les Anglais se plaisent à railler. On savoure déjà la Coupe de France quand le gamin de Rosario foulera la pelouse de Carquefou, Quevilly ou Granville.

Que l'un des meilleurs joueurs du monde évolue chez nous, qui l’eût imaginé ? Même à Paris. Pour le faire venir, Leonardo, directeur sportif du PSG, lui aurait dit : « C'est une ville de fromage, de nourriture, d'art et de culture. Pour les sports, c'est plutôt le rugby. Le football vient après. Ici, si tu perds trois matchs, personne ne t'arrêtera dans la rue pour t'insulter. » Non, vraiment, ce n’était pas gagné.

Car Messi ne voulait pas bouger. Dimanche, l’Argentin de 34 ans, au sourire enfantin, disait adieux au Barça qui l'avait accueilli à l'âge de 13 ans et lui avait payé son traitement lié à sa croissance. Il fondait en larmes : « Je n’avais jamais imaginé mes adieux car la vérité est que je n'y pensais pas. » Trop grand, trop cher, ce format de poche (1,69 m) était devenu une machine à perdre... de l'argent. C’est le comble de cette histoire : l’une des meilleures équipes de tous les temps ne peut plus s’offrir sa vedette.

Retour à l’année de la remontada contre le PSG (6-1) : en novembre 2017, Messi signe un nouveau bail avec le Barça. Deux mois plus tard, El Mundo fait scandale en le révélant : 138 M€ bruts (88 M€ nets) chaque année, 555 M€ sur quatre ans ! Malgré tout, le club finit la saison bredouille, sans trophée européen ni championnat. En plus, cette année-là, Neymar est chassé par le Qatar. Le PSG casse son contrat espagnol pour 222 M€, la plus chère transaction de l’histoire du football. C’est la fin de la MSN : le trio gagnant Messi-Suarez-Neymar. À l’époque, la Liga dénonce le raid d’un « club-État » adepte du « dopage financier ». Pour se remplumer, Barcelone sort le chéquier à tout-va et rafle une flopée de joueurs dont Antoine Griezmann pour 125 M€. Mais aujourd’hui, la dette catalane explose – plus d’un milliard d’euros. On parle de faillite.

1er juillet dernier : Lionel Messi, libre de tout contrat, peut signer où il le veut sans que l’acquéreur ne verse d’indemnités. Pour ce mercato, le PSG attire Sergio Ramos, Achraf Hakimi, Georginio Wijnaldum, Gianluigi Donnarumma et Messi, quasiment tous gratuitement car en fin de contrat. Mardi, l'homme aux 474 buts en 520 matches de Liga signait pour deux ans avec une saison supplémentaire en option. Son salaire annuel net frise 40 M€, hors primes.

Messi sera au PSG ce que fut Bonaparte au pont d’Arcole : un général en chef. Il prendra l’étendard et le couvrira de gloire. Avec lui, se dit-on, Paris gagnera enfin le trophée le plus prestigieux, la Ligue des Champions. Sans cet objectif-là, serait-il venu ?

Reste à savoir si l’histoire s’écrira ainsi. La com' se fait sur le mode de la bande de potes « de nouveau réunis », selon le mot de Neymar sur Instagram. Sauf que le Brésilien, ex-coéquipier de Messi au Barça, avait quitté le club catalan car la « Puce » lui faisait de l’ombre. Se réjouit-il vraiment de le retrouver, alors qu'il ne brille toujours pas au Parc ?

L'attente est énorme. Le maillot de Messi – floqué de son nom et du numéro 30 qu’il portait au début de sa carrière au Barça – est déjà épuisé. Quant au compte Instagram du PSG, il vient de gagner 10 millions d’abonnés. C’est encore six fois moins que celui de la star (248 millions d’abonnés).

Au-delà de l’euphorie, ce transfuge ne dit rien de bon. Il illustre :

1. La puissance financière de QSI, le fonds qatari. « Quand la Fifa et l'UEFA vont-elles décider de réguler clairement la question de savoir si un État peut posséder un club de football ? » s'interroge le Corriere dello Sport, tandis qu’El Mundo qualifie le PSG, de « bras sportif du Qatar ».

2. Les difficultés économiques du Barça, géré par des socios. Ce modèle démocratique ne peut rivaliser avec la monarchie gazière, en dépit du recours de l’avocat Juan Branco devant la Commission européenne. Qui voudra sanctionner un investisseur qui injecte de l’argent et s’est montré vertueux au printemps en matant les douze clubs mutins partisans d’une « Super Ligue » fermée ?

3. Les budgets plombés par le covid, y compris celui du PSG. L’UEFA prit le parti d’alléger les règles du fair-play financier (FPF), mécanisme européen visant à empêcher les clubs de dépenser plus qu'ils ne gagnent. Pour Raffaele Poli, responsable de l'Observatoire du football au CIES de Neuchâtel, « cette crise sanitaire a poussé encore plus vers une dérégulation du marché qui profite aux plus forts ». Finalement, personne d’autre que le Qatar ne pouvait se payer un joyau pareil.


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