La Sélection du jour | Après le déconfinement, retrouver le goût de vivre (n°954)
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Société

La synthèse

Après le déconfinement, retrouver le goût de vivre

Par Philippe Oswald - Publié le 05 mai 2020

Parvenus au fond de la mer, les Français sauront-ils donner le coup de pied qui les ramènera à la surface ? Auront-ils ensuite l’énergie pour nager à contre-courant ou resteront-ils agrippés aux bouées de l’État… jusqu’à ce que celles-ci se dégonflent ? Quant à l’État, saura-t-il tirer les leçons du naufrage où nous ont menés son impréparation et l’impuissance qu’il doit d’abord à son obésité (avec, pour mémoire 6 millions de fonctionnaires et assimilés, un record mondial d’imposition et un endettement public qui dépassait les 100% du PIB avant la crise) – le tout aggravé par les palinodies du « en même temps » ?

D’abord, réussir le déconfinement. Perdant confiance dans les aptitudes du pouvoir central à les sauver, les Français se retournent vers les élus locaux, à commencer par les maires. Mais ceux-ci n’ont pas forcément envie de porter le chapeau à la place de l’État. La judiciarisation de la société française – suivant le (mauvais) exemple américain – devient paralysante : les rigueurs du confinement face à une épidémie qui, jusqu’à présent, est loin d’être la plus meurtrière de l’Histoire, trahissent une peur plus mortifère que le virus. D’ici le 11 mai et ensuite, il faudra que l’État, via les préfets, et les édiles – maires, présidents des conseils départementaux, présidents de régions – parviennent à réaliser une concertation souple et efficace à propos, par exemple, de l’obligation de porter des masques, de la réouverture progressive des écoles, des crèches, des marchés, des conditions de déplacement, ou de l’organisation du second tour des élections municipales. Encore faudra-t-il que chacun n’ait pas pour premier réflexe de se protéger ! L’exemple de courage et de dévouement publiquement donné depuis plus de deux mois par les médecins et les personnels de santé que l’on applaudit chaque soir, fera-t-il école auprès de tous les acteurs de la vie sociale et économique malgré les appels rituels à la grève ou au retrait de la CGT ? Puisque « nous sommes en guerre » (nous l’étions avant le coronavirus et le resterons après), pourquoi nos soldats, nos policiers et gendarmes, nos pompiers, nos médecins et infirmiers seraient-ils les seuls à devoir en assumer les risques ?

Économiquement, la pente à remonter est redoutable. Le PIB de la France a chuté de -5,8% au premier trimestre pour -3,8% dans l’ensemble de la zone euro (-4,7% en Italie, -5,2% en Espagne, mais seulement -2% en Allemagne). Il est vrai que l’État français a mis généreusement 11,3 millions de salariés en « chômage partiel » (4,3 millions en Italie, 3,9 millions en Espagne) quand les Allemands mettaient un peu plus de 3 millions de leurs salariés en « travail réduit » (kurzarbeit) : une différence sémantique bien révélatrice de celle des mentalités ! Coût pour les finances publiques françaises : 25 milliards d’euros fin avril. Combien d’entre ces chômeurs « partiels » iront-ils grossir les rangs des « vrais » chômeurs (3,732 millions en mars avec une hausse sensible de +246 100) dans les mois à venir ?

Mais le défi économique n’est ni le seul ni même le plus fondamental. Il dépend lui-même de la réponse morale et politique que l’État et chaque citoyen donneront à la crise sociale consécutive à la crise sanitaire. Celle-ci nous a réappris que nous étions mortels : récusons donc les dangereuses chimères de « l’homme augmenté » que nous vante le transhumanisme pour rebâtir une société solidaire, aux antipodes du « chacun pour soi » de l’individu-roi réclamant sans cesse de nouveaux « droits ». Ce ne sont pas les desiderata des différentes « communautés » mais le bien commun de la nation que doit servir l’État pour remettre en marche la société. Avant d’être un « fabricant d’outils » et un producteur de richesses, l’homme est un être de relations, un animal social. Au sortir du « coma artificiel » où ils ont été plongés, les Français ne retrouveront pas le goût du travail sans le goût de vivre non comme des assistés de la « technostructure » française ou européenne, mais comme des êtres libres, responsables et solidaires, acteurs de leur société. En somme, il s’agit de retrouver, avec le retour à la vie « normale » certes pas la situation antérieure, mais une situation nouvelle, aux antipodes de celle, liberticide et inhumaine pour les pensionnaires des EHPAD, que nous venons de vivre avec le confinement. Vaste programme ! Dans un dossier (en lien ci-dessous), Le Figaro Magazine a recensé divers avis pour élaborer un nouveau pacte politique, économique et social.


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