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Politique

La synthèse

Après le Covid-19, un système à réviser de fond en comble

Par Philippe Oswald - Publié le 19 mars 2020

Cette crise sanitaire sans précédent depuis un siècle aura-t-elle à terme des effets bénéfiques en France ? Tout dépendra de la réaction des Français et surtout de ceux qui les gouvernent -plutôt mal, à vrai dire : évoquons ici pour n’en plus parler (il y a d’autres chats à fouetter !), les scandaleuses confessions au Monde (17 mars) d’Agnès Buzyn, l’ancien ministre de la santé et sans doute ex-candidate LREM à la mairie de Paris. Ce « Buzyn Gate », ajoutant au désarroi et à la confusion en plein choc contre le coronavirus, est à consigner pour un futur procès devant la Haute-Cour de Justice. Il faudra bien démêler alors ce qu’elle a dit ou pas au directeur général de la santé dès le 20 décembre, puis au président de la République le 11 janvier, et au Premier ministre le 21 janvier, pourquoi ils n’ont pas tenu compte de ses avertissements, et pourquoi elle-même s’est tue face au tsunami Covid-19 dont elle voyait, dit-elle, la vague grossir à l’horizon. Ce qui ne l’a pas empêchée d’affirmer « en même temps » le 24 janvier, à l’issue du Conseil des ministres : « Les risques de propagation du coronavirus sont très faibles ». Le 17 février, en pleine déferlante du coronavirus, elle abandonnait son poste pour se lancer dans la « mascarade » (c’est le mot qu’elle emploie dans son entretien au Monde) des élections municipales !

En revanche, c’est maintenant, dans l’urgence, qu’il faut pallier la pénurie de tests de dépistage, de respirateurs, de masques et de gels de protection. Cette situation laisse pantois. Elle nous apparente à « un pays du tiers-monde », dénonce un médecin-chef d’hôpital. Elle révèle l’impéritie de nos pouvoirs publics et notre dramatique dépendance à des pays de production à bas-coût dont la Chine (qui s’offre à présent le luxe de nous envoyer des masques après qu’Agnès Buzyn avait eu l’imprudence de lui en expédier, en puisant dans nos maigres stocks alors que l’épidémie n’avait pas encore explosé en France). Cet exemple brûlant, ou encore le manque de médicaments basiques fabriqués en Chine ou en Inde, devrait logiquement déboucher sur une remise à plat générale des délocalisations d’usine d’intérêt stratégique, et pas seulement pour le secteur de la santé, admettent aujourd’hui le Premier ministre et les ministres de l’économie, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Il est des « économies » qui se paient au prix fort, comme le montre cruellement la situation dramatique de notre système de santé dont on nous rabâche depuis des décennies qu’il est « le meilleur au monde », bien que l’Etat ait supprimé 100 000 lits d’hôpital au cours des deux dernières décennies, que les soignants y soient en grève depuis des mois, et qu’ils risquent aujourd’hui leur vie, faute de disposer d’assez de masques de protection. Passée la crise, a déclaré le président du Conseil national de l’ordre des médecins, « nous ne pourrons plus entendre que l’économie doit primer sur la santé, que les impératifs budgétaires contraignent aussi les choix sanitaires. […] Après la crise, ces choix politiques fondamentaux qui fondent notre pacte social devront être sanctuarisés. »

En réalité, c’est la foi idolâtre en la « mondialisation heureuse » (Alain Minc), déjà ébranlée en France par la crise des Gilets jaunes, que pulvérise la pandémie du coronavirus. Certes, il faudra bien renouer avec les échanges internationaux mais avec, espérons-le, de nouvelles règles imposées, à défaut de bon sens politique, par la catastrophe sanitaire, écologique et économique qui frappe de plein fouet la France et le monde entier. N’a-t-elle pas déjà obligé l’Union Européenne à fermer ses frontières extérieures, et chaque pays à recouvrer peu ou prou sa souveraineté au grand dam de la présidente de la Commission européenne ? « Le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant », a promis quant à lui Emmanuel Macron. Le promesse est vague : elle n’est pas sans rappeler le fameux : « Je vous ai compris !» du général de Gaulle au balcon d’Alger… Il n’empêche qu’Emmanuel Macron est contraint d’abandonner le « en même temps » pour prendre dans l’urgence absolue des mesures qui tournent le dos à son fameux « projet » présidentiel d’une société « fluide », vouée au libre-échange et régie par la finance internationale. La très douloureuse convalescence qui suivra cette crise ne devrait pas lui permettre de tourner casaque de sitôt.


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