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Santé

La synthèse

Apprenons à vivre avec le coronavirus, plaide un virologue star en Allemagne

Par Philippe Oswald - Publié le 22 octobre 2020

Hendrik Streeck, 43 ans, dirige l’Institut de virologie de l’hôpital universitaire de Bonn après avoir dirigé le programme militaire américain sur le HIV. Il est une star de la virologie Outre-Rhin. Une sorte de Didier Raoult, sans l’excentricité, la barbe et la tignasse, et avec vingt-cinq ans de moins, la décontraction et le sourire en plus. C’est lui qui a signalé le premier, ou l’un des premiers, que la perte de l’odorat et du goût figurait parmi les symptômes de la maladie. Actuellement, il mène avec ses collaborateurs une nouvelle étude sur le coronavirus Sars-CoV-2 pour mesurer l’éventuelle immunité des personnes infectées, information d’autant plus précieuse qu’il risque de se passer beaucoup de temps avant qu’on dispose d’un vaccin efficace et sûr. Il a fait appel aux habitants de la commune de Gangelt dans le district de Heinsberg (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), l'un des premiers foyers contaminés en Allemagne, après une session de carnaval au printemps. Menant alors une première étude dans ce district de Heinsberg, Streeck et son équipe avaient détecté une infection corona chez 15% des habitants examinés -dont certains étaient peu ou pas symptomatiques. Au cours de cette nouvelle étude qui a débuté le 21 octobre et doit se dérouler jusqu'en mai 2021, il s’agira de déterminer si ceux qui ont des anticorps sont vraiment et durablement immunisés en les testant à plusieurs mois d’intervalle.

Au cours de ses désormais nombreuses interventions télévisées, Hendrik Streeck adresse un message apaisant aux téléspectateurs : « Nous avons affaire à un virus grave, mais il ne faut pas dramatiser. » Selon lui, le coronavirus est plus dangereux que la grippe, mais « il ne signera pas notre perte ». Il plaide pour l’instauration d’« une nouvelle routine » permettant de gérer le risque intelligemment. « Nous sommes dans une vague permanente. Nous devons accepter le fait que le virus deviendra une partie normale de notre vie. Nous ne pouvons pas appuyer sur le bouton pause. » Il estime en effet qu’on en sait à présent assez sur le coronavirus, et notamment son très faible taux de mortalité (0,37%), pour prendre des risques mesurés, comme pour beaucoup d’autres risques dans la vie… sans revenir à un confinement strict qu’il juge absurde, tout comme l’obligation de porter des masques à l’air libre.

Pour lui, aucun confinement ne viendra à bout du virus. Il doute par ailleurs qu’un vaccin y parvienne : jusqu’à présent, le seul virus qu’un vaccin soit parvenu à éradiquer est celui de la variole. Mais il constate que seuls 5% des personnes infectées par le coronavirus Sars-CoV-2 nécessitent un traitement clinique, et bien moins encore des soins intensifs. Il est de ceux qui misent sur l’immunité grégaire alors que le virus se répand dans les grandes agglomérations de la planète, au Brésil, aux États-Unis, en Suède ou en Inde. Le tout est d’éviter des pics de contamination et de sortir d’une peur paralysante devant les chiffres de contamination alors que c’est la mortalité qu’il importe surtout de considérer en protégeant les personnes à risques : « Nous ne sortirons pas de cette pandémie avec des interdictions générales, mais en amenant les gens à prendre soin d'eux-mêmes et des autres. »


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