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Société

La synthèse

Antisémitisme, oui, mais lequel ?

Par Philippe Oswald - Publié le 19 février 2019

L’antisémitisme revient aujourd’hui en force comme à toutes les époques troublées où l’on cherche un bouc émissaire à divers maux politiques et sociaux. Mais il est comme la grippe : on ne peut le combattre efficacement qu’en identifiant son virus, qui est mutant. Celui de 2019 n’est pas celui, fascisant puis nazi et racial, des années 30, qui différait lui-même des précédents, ceux de la fin du XIXe siècle et du début du XXe où cohabitèrent un antisémitisme « anticapitaliste » de gauche et des antisémitismes de droite : celui, « populiste », de Drumont, l’auteur de « La France juive », celui, antidreyfusard et antirépublicain, de l’Action Française, et même un antisémitisme catholique puissamment relayé par le quotidien La Croix (contre lequel se dressa vigoureusement Léon Bloy, auteur de « Le salut par les juifs » en réponse à Drumont) qui contraignit le pape Léon XIII à ordonner aux Assomptionnistes de se retirer de la rédaction du journal qu’ils avaient fondé.

Que certains traits « populistes », « anticapitalistes » voire « complotistes » de l’antisémitisme se retrouvent dans le mouvement des Gilets jaunes n’a rien de surprenant : on trouve de tout dans ce mouvement né d’une détresse sociale. Mais ce ne sont évidemment pas les Gilets jaunes comme tels qui taguent de symboles nazis des tombes juives et des synagogues ou des portraits de Simone Veil. Et quand des individus revêtus d’un gilet jaune insultent et menacent le philosophe Alain Finkielkraut sans se dissimuler des smartphones qui filment la scène, on reconnaît sans peine que ces barbus viennent des banlieues, jusqu’alors peu ou pas mobilisées par la cause des Gilets jaunes. La police a d’ailleurs formellement identifié comme islamiste radical le principal agresseur de Finkielkraut.      

Là encore, rien de surprenant : toutes les attaques criminelles commises contre des juifs en France depuis 1980, toutes sans exception, ont été le fait de terroristes islamistes. Il est donc doublement malhonnête d’attribuer aux Gilets jaunes cette résurgence de l’antisémitisme en faisant référence aux populismes fascisant d’antan ou à des olibrius tels que Dieudonné et Soral : un tel ressentiment n’a jamais été exprimé par l’un de leurs porte-parole, tandis que les expressions haineuses proférées en marge de la dernière manifestation parisienne à l’encontre d’un juif ciblé comme tel ne laissent planer aucune équivoque sur l’identité de ceux qui les profèrent : seuls des islamistes menacent leurs ennemis de la «punition de Dieu» à cause de son « sionisme ».  

S’agissant du péril islamique, la frilosité du gouvernement à appeler un chat un chat n’est pas nouvelle : celui-ci comme les précédents est tétanisé par la situation explosive des banlieues. Certaines déclarations ministérielles sur le retour de la « peste brune » dans les rangs des Gilets jaunes trahissent en outre un amalgame particulièrement malvenu, les mêmes prêchant à longueur de temps contre tout « amalgame » entre terrorisme et islam. Mais l’embarras devant le retour de l’antisémitisme est encore plus criant à gauche où l’on tient les musulmans pour les nouveaux prolétaires victimes du système capitaliste, mondialiste et de l’« islamophobie », et où l’on serait marri de se priver de leurs votes . Semblant excuser ses agresseurs, certains membres de la France insoumise ont accusé Alain Finkielkraut d’avoir « répandu la haine en France » contre « les jeunes des banlieues et les musulmans » ! Plutôt que la « peste brune », c’est plutôt la « peste rouge » qui entretient l’actuel regain d’antisémitisme, dénonce Elisabeth Lévy dans son éditorial (en lien ci-dessous) de Causeur. Disons verte et rouge : islamo-gauchiste…


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