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Politique

La synthèse

Alstom/General Electric : la vente qui embarrasse Emmanuel Macron

Par Philippe Oswald - Publié le 20 juillet 2019

La distinction n’est pas passée inaperçue : parmi les décorés de la Légion d’Honneur du 14 juillet figurait Corinne de Bilbao, l'ex-patronne de GE France, filiale du groupe américain General Electric. Le Président de la République récompensait une protagoniste de la vente au groupe américain d’Alstom Énergie, un des fleurons de l’industrie française, vente à laquelle il avait largement contribué en tant que ministre de l’Economie de François Hollande. « Le gouvernement, à travers cette décoration, démontre sa façon d'apprécier l'industrie : au service de la finance », a communiqué le syndicat CGT d’Alstom. Une fois n’est pas coutume : on ne lui donnera pas tort sur ce point, fâcheusement souligné par la coïncidence entre cette Légion d’Honneur et l’annonce de la suppression de 1.000 postes à Alstom, dernier en date de multiples plans sociaux contraires aux engagements de GE France lors du rachat de la branche énergie d'Alstom.
Le successeur de Corinne de Bilbao (aujourd'hui à la tête de Segula Technologies International) n’est autre que Hugh Bailey, lui-même conseiller d’Emmanuel Macron au moment où celui-ci actait la vente d’Alstom Énergie à General Electric. Cette vente est intervenue au terme d’un véritable thriller raconté dans son livre « Le Piège américain » (éditions JC Lattès) par l’un des anciens cadres dirigeants d’Alstom, Frédéric Pierucci, emprisonné 25 mois dans des conditions fort rudes aux Etats-Unis afin, dit-il, de faire plier les dirigeants de l’entreprise française (son témoignage sur Youtube ).

Cette sombre histoire vient de connaître un rebondissement qui pourrait avoir de lourdes conséquences politiques. Saisi par le député LR d'Eure-et-Loir Olivier Marleix, ancien président de la commission d'enquête à l'Assemblée sur la politique industrielle de la France, sur les circonstances de la vente du pôle énergie d'Alstom à l'américain General Electric en 2014, le Parquet de Paris, au terme d’ une enquête préliminaire, a transmis la procédure au Parquet national financier (PNF). Celui-ci a fait savoir à l'AFP le 18 juillet qu'il s'était saisi de l'affaire. Dans une lettre adressée en janvier au procureur de la République de Paris, Olivier Marleix s'étonnait que les autorités judiciaires françaises n'aient « jamais ouvert d'enquête » sur Alstom alors que l'entreprise avait reconnu avoir versé des pots-de-vin dans le cadre de ses activités, et s’était acquittée d’une amende de 772 millions de dollars (688 millions d’euros) à la justice américaine en 2014.
En outre, Olivier Marleix relevait qu’Emmanuel Macron, après avoir autorisé en tant que ministre de l’Economie la vente d’Alstom énergie et d’autres « entreprises stratégiques françaises », telles Alcatel-Lucent au groupe finlandais Nokia ou Technip à l'entreprise américaine FMC Technologies, avait bénéficié comme candidat à la présidence « de dons records pour sa campagne » (12 millions d’euros). Or, ajoutait-il, « le fait que l'on puisse retrouver dans la liste des donateurs ou des organisateurs de dîners de levée de fonds des personnes qui auraient été intéressées aux ventes précitées » ne pouvait « qu'interroger ». Et de conclure : « S'il était vérifié, un tel système pourrait être interprété comme un pacte de corruption. »

C’est après avoir fait entendre le député par les enquêteurs de l'Office anticorruption de la police judiciaire que le parquet de Paris a transmis le dossier au Parquet national financier. Les dîners du candidat Macron pourraient s’avérer plus lourds à digérer que ceux de l’Hôtel de Lassay… À moins que le nouveau procureur de la République financier, qui doit prochainement être nommé, ne fasse pas preuve d’un zèle débordant sur cette affaire particulièrement « sensible »…


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