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Politique

La synthèse

23 mesures pour le « 93 », mais pour quoi, pour qui ?

Par Philippe Oswald - Publié le 02 novembre 2019

Les Séquano-Dionysiens ont fait l’objet cette semaine de toutes les attentions de l’exécutif. On nomme Séquano-Dionysiens les habitants de la Seine-Saint-Denis, plus brièvement du « 93 ». Ce département français, au nord-est de la petite couronne de la région Île-de-France, est devenu le symbole du « mal des banlieues » qui affecte nombre de zones péri-urbaines de l’Hexagone. Selon le langage châtié de Matignon, ce département, le plus pauvre de France, « présente de manière massive et systémique des difficultés ». Derrière cette expression pudiquement alambiquée se cache la question non résolue de l’immigration ou, pour être plus explicite, de l’incapacité de la République française à intégrer, a fortiori assimiler, des populations d’origine étrangère, très majoritairement musulmanes.  

Périodiquement, l’exécutif annonce de nouvelles mesures et autres plans d’urgence. C’est ce que vient de faire de nouveau le gouvernement le 31 octobre, en dépêchant spectaculairement sur le terrain Christophe Castaner (Intérieur) flanqué de son secrétaire d’État Laurent Nuñez, Agnès Buzyn (Santé), Nicole Belloubet (Justice), Julien Denormandie (Logement), Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale) … Le clou de ce déploiement massif de ministres était la présentation par le Premier ministre en personne, depuis la préfecture de Bobigny, d’un plan visant à relancer les services publics dans le « 93 ». Une sorte de rattrapage après l’abandon brutal du rapport de Jean-Louis Borloo sur les banlieues, sèchement retoqué par Emmanuel Macron en mai 2018. L’approche des élections municipales n’est sans doute pas étrangère à ce revirement.

La mesure phare est la création d’une prime de 10 000 euros pour fidéliser les fonctionnaires (notamment les enseignants et les policiers) qui auraient le cran de s’engager à rester cinq ans en Seine-Saint-Denis. Elle pourrait concerner 39 000 fonctionnaires à partir de l’an prochain et devrait coûter quelque 35 millions d’euros par an. Les autres mesures - dont la création de 150 nouveaux postes dans la police, 500 dans l’enseignement, 12 dans la magistrature sans oublier 35 postes de greffiers - sont elles aussi sonnantes et trébuchantes : 30 millions d’euros pour la rénovation des commissariats d’Aulnay-sous-Bois et d’Épinay-sur-Seine, 20 millions débloqués pour des investissements immobiliers scolaires, ou encore 10 millions d'euros alloués « pour financer des actions visant à mieux accueillir les publics fragiles » (?) selon Matignon. Bref, à l’approche des élections, il pleut des millions !

Les contribuables pourraient sans doute consentir à ce nouvel effort s’ils étaient convaincus qu’il serve à quelque chose. Le sentiment général est que l’on s’apprête une fois de plus à débourser « un pognon de dingue », selon l’expression d’Emmanuel Macron, pour une réalité d’autant plus mal analysée que l’impuissance et des tabous en découragent l’exploration. Comme l’avait souligné le rapport parlementaire « La République en échec » publié en mai 2018, les pouvoirs publics n'arrivent même pas à dénombrer la population de Seine-Saint-Denis en raison de l’afflux d’immigrés clandestins : « Selon les estimations des interlocuteurs rencontrés par les rapporteurs, ces personnes en situation irrégulière seraient entre 150 000, 250 000 personnes, voire 400 000. Soit un ajout supplémentaire équivalent à la population de l'Ariège (152 321 habitants), du Jura (259 000 habitants), voire des Landes (411 757 habitants). La marge est grande ». Comme le résume dans un tweet le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, « injecter une énième fois des millions d'euros en Seine-Saint-Denis ne servira à rien si les 150 000 à 400 000 clandestins qui s'y trouvent ne sont pas expulsés. » À supposer qu’on se décide à le faire, il resterait à poser les bases de l’assimilation d’une population française « de papier » mais abandonnée à son communautarisme et enfermée dans ses origines, loin de ce qu’on appelle aujourd’hui « les valeurs républicaines » et qui serait mieux nommé la culture française et les mœurs occidentales. Vaste programme ! – d’autant plus vaste qu’on ne le voit pas près d’être programmé…


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